Ottawa doit agir pour sauver les derniers milieux humides de Montréal

«L’écosystème diversifié et irremplaçable du Technoparc est le tout dernier en son genre sur l’île de Montréal», écrit l'auteur.
Photo: Patrick Barnard «L’écosystème diversifié et irremplaçable du Technoparc est le tout dernier en son genre sur l’île de Montréal», écrit l'auteur.

Malgré l’étalement urbain incessant, l’île de Montréal possède encore des caractéristiques naturelles uniques. L’une des moins connues est le réseau de zones humides de 215 hectares au nord de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Ce réseau naturel comprend des marais, des champs et des boisés, tous reliés entre eux dans ce que les scientifiques appellent une communauté écologique. Cette parcelle essentielle de biodiversité est connue sous le nom de « système de milieux humides du Technoparc », d’après la zone qu’elle couvre dans l’arrondissement de Saint-Laurent et la cité de Dorval.

Au cours de la dernière génération, le Canada et le Québec ont déjà perdu 90 % de leurs milieux humides urbains. L’écosystème diversifié et irremplaçable du Technoparc est le tout dernier en son genre sur l’île de Montréal. Or, Sylvia Oljemark, du groupe environnemental non partisan Coalition verte, affirme que « les zones humides du Technoparc courent un très grand risque d’être fragmentées et détruites ».

Le gouvernement fédéral, par l’intermédiaire de Transports Canada, possède les trois quarts de la zone, tandis que des promoteurs privés et la Ville de Montréal détiennent le reste. Valérie Plante et Projet Montréal ont déclaré vouloir établir une zone de conservation d’au moins 175 hectares, mais leurs discussions avec les membres du cabinet Trudeau, Steven Guilbeault (ministre de l’Environnement et du Changement climatique) et Omar Alghabra (ministre des Transports), n’ont pas encore permis de faire une percée marquée.

Un sentiment de crise s’est développé depuis que l’ornithologue Joël Coutu a attiré l’attention sur le nombre important d’oiseaux qui viennent dans l’écosystème du Technoparc, ce qui a contribué à la fondation de TechnoparcOiseaux, le groupe d’observation des oiseaux qui compte 4400 membres.

La « biodiversité insulaire » urbaine est de plus en plus importante en raison de la destruction continue des habitats dans les villes du monde entier. Le dernier compte eBird des espèces présentes dans le Technoparc est de 214 oiseaux différents. Le Central Park de New York, selon le Central Park Conservancy, accueille 210 types d’oiseaux.

Ce parallèle frappant fait du Technoparc un lieu aussi important écologiquement, en termes d’espèces et de biodiversité, que le parc urbain le plus célèbre d’Amérique du Nord.

Ce que les scientifiques appellent « l’effet Central Park » signifie que les oiseaux en milieu urbain, dont l’habitat se réduit, recherchent des zones où ils peuvent se nourrir et se reproduire, et c’est précisément cette concentration qui s’est produite au Technoparc.

Le gouvernement du Canada prétend vouloir atténuer le changement climatique en améliorant les zones humides urbaines. Il est propriétaire de la majeure partie du système unique de zones humides du Technoparc de Montréal. Le gouvernement fédéral pourrait et devrait donc agir maintenant pour s’assurer que les 215 hectares de ce précieux îlot de biodiversité soient sauvegardés pour les Montréalais et pour le monde entier.

Aéroports de Montréal (ADM) loue ces terres au ministère des Transports. Ce bail peut être modifié à tout moment à la discrétion du bailleur, surtout s’il s’avère que les dispositions environnementales n’ont pas été respectées.

Le Canada peut, devrait et doit agir maintenant pour préserver les 215 hectares de cette zone écologique inestimable — un tel engagement rendrait ADM célèbre dans le monde entier comme un aéroport unique écologiquement, et le Canada aurait tenu sa parole.

À voir en vidéo