C’est à l’école qu’on cimente son identité

«C’est à l’école qu’on cimente son identité, d’où l’importance pour les nouveaux arrivants d’emprunter la voie francophone. C’est la marche à suivre pour enrichir notre société québécoise distincte qui mérite de perdurer et de progresser en français», écrit l'auteur.
Thomas Samson Agence France-Presse «C’est à l’école qu’on cimente son identité, d’où l’importance pour les nouveaux arrivants d’emprunter la voie francophone. C’est la marche à suivre pour enrichir notre société québécoise distincte qui mérite de perdurer et de progresser en français», écrit l'auteur.

Je suis un Québécois baby-boomer né d’un mariage exogame d’un francophone pure laine et d’une anglophone pure laine, tous deux natifs du Québec. J’ai toujours côtoyé les deux cultures et parlé les deux langues en famille, au travail et en société. Mes parents ont décidé que les enfants iraient tous à l’école française jusqu’à l’université, où ils seraient libres de choisir.

Si je n’avais pas été scolarisé en français, y compris au cégep, je me considérerais comme anglophone aujourd’hui. Mais je ne le suis pas : je m’identifie comme francophone et j’en suis fier. C’est à l’école qu’on cimente son identité, d’où l’importance pour les nouveaux arrivants d’emprunter la voie francophone. C’est la marche à suivre pour enrichir notre société québécoise distincte qui mérite de perdurer et de progresser en français.

Le Québec est une petite planète orbitant près d’un énorme astre anglophone qui exerce un fort pouvoir d’attraction par sa seule présence. Maintenir notre trajectoire francophone requiert des efforts individuels et institutionnels soutenus. Il n’y a rien de mal à vouloir utiliser tous les outils démocratiques à notre disposition. Les individus naissent et meurent, les institutions perpétuent leur culture. Pas d’avenir souhaité sans soutien institutionnel.

J’ai constaté le rôle secondaire attribué au français dans la fonction publique fédérale, où j’ai travaillé à deux reprises. Les idées se pensent en anglais et elles sont traduites après. Le français se dilue dans l’espace public à Montréal, d’où je viens, et à Gatineau, où j’habite. Les données des recensements sont irréfutables : la langue française perd du terrain. Presque tous les anglophones que j’ai croisés ne reconnaissent aucune valeur organique à la langue française ; elle a une valeur cosmétique tout au plus, sauf de rares exceptions. Il en sera toujours ainsi.

Des ambitions bien plus grandes

 

Dans son texte publié ce week-end dans Le Devoir, Alexander Hackett reprend le stéréotype que les anglophones sont en faveur de la protection du français. Mais vous vous opposez quand les francophones choisissent des moyens concrets et efficaces. Pas question de dépasser les vœux pieux. Vous exigez le droit de veto sur notre avenir, et de nous retrouver une parmi les nombreuses tuiles de la mosaïque multiculturelle canadienne. Désolé de vous décevoir, mais nous avons des ambitions bien plus grandes. Nous sommes assez intelligents pour être respectés comme peuple, pas comme simple groupe audible.

Notre langue occupe-t-elle aujourd’hui la place qui lui revient comme vous le prétendez ? Dans les années 1960, le président des chemins de fer Canadien National, Donald Gordon, affirmait en anglais qu’il n’y avait aucun francophone assez compétent pour occuper un poste de la haute direction au siège social situé à Montréal. Une soixantaine d’années plus tard, le siège social du CN est au même endroit, il n’y a aucun francophone siégeant à son conseil d’administration, et la p.-d.g. est une anglophone unilingue de Toronto.

Le p.-d.g. d’Air Canada, basé lui aussi à Montréal, affirme qu’il y a vécu ces 14 dernières années sans avoir à parler un traître mot de français. Il s’est excusé le lendemain… de l’avoir dit. Monsieur Hackett, vous pourriez peut-être devenir son professeur de français ? Comme l’a démontré sa comparution récente en comité parlementaire à Ottawa, il a besoin de beaucoup d’aide. Communiquer à vos compatriotes anglophones réfractaires votre largeur d’esprit et vos compétences apparentes dans votre langue seconde mettrait vos talents mieux en valeur que de sermonner les francophones sur leurs lois et politiques linguistiques.

Je m’étonne toujours que les anglophones demandent aux francophones québécois de s’en remettre à la bienveillance politique de la majorité anglophone canadienne. Quand on a voulu fusionner les municipalités de l’île de Montréal, les anglophones sont immédiatement montés aux barricades pour assurer leur spécificité linguistique et culturelle. Pas question de faire confiance à la majorité francophone. Ils ont obtenu le privilège de décider par référendum de quitter l’ensemble montréalais et de conserver leurs fiefs municipaux. Qui sont les véritables séparatistes à Montréal ? (Sons de criquets…)

Tous les contribuables québécois, en majorité francophones, vous ont payé un hôpital universitaire flambant neuf. Ils subventionnent trois universités anglaises (McGill, Concordia, Bishop’s), un hôpital pour enfants et beaucoup plus de services sociaux que les minorités francophones des autres provinces peuvent même imaginer dans leurs rêves les plus fous. Dans les 67 ans que j’ai connu ma mère, le gouvernement du Québec l’a servie en anglais, sans aucune exception.

Assumer son destin

 

Si vous connaissez des francophones ailleurs au Canada, demandez-leur combien de fois ils sont servis en français par leurs gouvernements provinciaux. Demandez-leur s’ils peuvent scolariser leurs enfants en français et, si oui, combien ils ont dû plaider en Cour suprême pour avoir ce droit. Ce sont des faits têtus, pas des lieux communs ou des impressions sans fondement.

Qu’ont dit les anglophones quand le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a nommé une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue du pays ? (Sons de criquets…).

Un juge a trouvé que c’est anticonstitutionnel, mais le gouvernement fédéral porte la décision en appel. Qu’auraient dit les anglophones si la gouverneure générale nommée par ce même Justin Trudeau était capable de s’exprimer seulement en français et dans sa langue autochtone ? (Tollé noyant les sons de criquets…)

Si la question linguistique refait surface tous les vingt ans au Québec, c’est que les anglophones ne permettent pas que le peuple québécois puisse progresser selon son identité distincte. Mais quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est une société libre et démocratique capable d’assumer son destin.

Voilà ce que disent nos criquets.

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