Leur avenir, leur choix, leur droit!

La vision d’un Québec en français est le produit d’une époque où l’anglais était la langue de l’impérialisme en Amérique du Nord, soutient l’autrice.
Photo: Michaël Monnier archives Le Devoir La vision d’un Québec en français est le produit d’une époque où l’anglais était la langue de l’impérialisme en Amérique du Nord, soutient l’autrice.

Le projet de loi 96 impose des dispositions complexes qui visent à intégrer une structure discriminatoire à la gouvernance de la société québécoise moderne. Comme la loi 21, ce projet de loi fait obstacle aux possibilités offertes aux jeunes Québécois, y compris aux jeunes francophones.

La vision d’un Québec en français est le produit d’une époque où l’anglais était la langue de l’impérialisme en Amérique du Nord. Cette vision représente le passé. La société québécoise d’aujourd’hui est informée et engagée par rapport aux enjeux du XXIe siècle, notamment la crise climatique, la diversité, l’équité et l’inclusion, le droit des Autochtones à l’autodétermination. […] Il me semble que les politiciens de la Coalition avenir Québec (CAQ) misent sur des gains à court terme en cherchant à se faire élire en manipulant les émotions de la population, cela au détriment de ses droits et libertés, traits distinctifs de toute société démocratique.

L’hypocrisie de ces politiciens ne peut que susciter des inquiétudes quant à l’avenir du Québec. La discrimination ne peut être mise en œuvre qu’avec la conviction d’en être les victimes : les politiciens essaient de nous faire croire que la francophonie risque de disparaître parce que la société québécoise d’aujourd’hui est diversifiée et multilingue. Selon cette logique, le français devrait être protégé. Il s’agit d’un prétexte hautement irresponsable pour imposer une structure de gouvernance touchant tout à la fois au commerce, à l’emploi, à l’éducation, à l’accès aux services publics, à l’expression dans divers contextes et au fonctionnement du système juridique, et bafouant les libertés et droits fondamentaux de tous les Québécois.

Le français reste une langue populaire ici, au Québec, mais il est parlé de multiples façons. La structure d’une langue se développe organiquement selon les valeurs de chaque époque. Lorsque nous rejetons l’approche binaire (masculin et féminin) ou lorsque nous rejetons les hiérarchies, nous pouvons ne pas nous sentir à l’aise de parler le français dans sa forme officielle et correcte. Malheureusement, nos élites ne peuvent pas accepter que l’élitisme et le colonialisme ne soient plus les bienvenus ici, aujourd’hui, au Québec.

Par conséquent, la CAQ utilise sans vergogne la disposition de dérogation (article 33) pour imposer sa vision tout en se protégeant. En outre, en notre époque résolument numérique, le cerveau de nos jeunes subit une surcharge cognitive. Or, notre jeune génération se concentre sur la communication et non sur la langue. Ses phrases sont colorées, composées à partir d’un vocabulaire provenant de différentes langues. Cela donne des discours façonnés à partir de différentes visions du monde […] si beaux, si innocents !

Il est décevant de voir [le ministre de l’Éducation, Jean-François] Roberge, un pédagogue pourtant, si déconnecté du développement cognitif des jeunes d’aujourd’hui ! Laissez notre jeune génération se construire un monde généreux à sa façon et à sa ressemblance. En forçant l’assimilation des jeunes à une idéologie d’une époque révolue, le projet de loi 96, par son caractère discriminatoire, nuira non seulement à nos jeunes, mais à toute la société québécoise. Leur avenir, leur choix, leur droit ! #MonCégepMonFutur

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