Claude Provencher, passeur de beauté

«L’histoire du Québec peut se conjuguer de plusieurs façons. Une chose est certaine, elle se conjugue aussi à la manière de Claude Provencher», écrit l'auteur.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir «L’histoire du Québec peut se conjuguer de plusieurs façons. Une chose est certaine, elle se conjugue aussi à la manière de Claude Provencher», écrit l'auteur.

Beauté. C’est le premier mot qui me vient en tête lorsque je pense à l’architecte feu Claude Provencher. Cet homme était passionné par la beauté du pays et il savait nous faire partager sa passion.

Lorsque sa main tient le crayon, son geste imprègne avec force la rue qu’il dessine ; les bâtiments qu’il crée ou qu’il recrée deviennent des repères dans la ville ; le paysage qui nous contient s’illumine. Des lieux emblématiques comme le Centre de commerce mondial, le pont Samuel-De Champlain, l’îlot Balmoral, le Musée des beaux-arts du Québec ou le pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale sont autant d’interventions qui portent la marque de Provencher et nous donnent envie de prendre soin du pays.

Avec son envie de modernité alliée à sa recherche constante de l’excellence et à son talent pour l’accomplir, il a sublimé la profession d’architecte et en a rehaussé les standards. Il a su se servir de l’architecture pour mettre de la beauté dans nos villes, dans nos rues. Avec un beau mélange de raison et de fantaisie, nos villes et nos rues deviennent ainsi plus belles sous son impulsion. Ses œuvres sont autant de tableaux qui nous en révèlent la grandeur et la beauté, forçant la contemplation. Je le soupçonne d’ailleurs d’avoir déjà esquissé quelques croquis d’idéation pour le pays des souvenirs. Ce pays où il est parti sera désormais plus beau parce qu’il y est.

Générosité. Un deuxième mot qui évoque bien Claude Provencher. Nous fûmes collègues pendant une dizaine d’années au sein du Conseil du patrimoine culturel du Québec, un organisme de consultation que je présidais depuis sa création en 2011 et dont Claude fut avec moi l’un des membres.

Alors qu’il dirigeait une entreprise de plusieurs centaines d’employés, malgré toutes les responsabilités que cela implique, en plein travail de conception d’un stade, d’un hôpital, d’une école ou d’un aéroport, il n’hésitait pas à consacrer généreusement son temps pour nous aider. Avec calme, d’une voix très douce, trop douce même, il nous impressionnait par son autorité morale.

Il aura insufflé au Conseil du patrimoine la rigueur, l’ouverture et la formidable culture du doute créatif qui ont fait de cet organisme une institution respectée. C’est grâce à de beaux esprits comme celui de Claude que ce conseil devint et demeure une force rassurante.

J’ai toujours apprécié l’intensité de son approche. Pour lui, il n’y eut jamais de grand ou de petit dossier, de projet plus ou moins intéressant, de propositions valant la peine d’être considérées et d’autres non. Il n’y eut que des projets méritant d’être améliorés. L’excellence, c’est bien la seule chose sur laquelle Claude n’aurait jamais fait de compromis.

Élégance. Voilà un autre mot qui me vient à l’esprit quand je pense à cet homme d’exception. L’élégance cesse lorsqu’on la remarque, disait Jean Cocteau, celui qu’on appelait le poète de toutes les élégances. Ces élégances qu’on ne remarque pas, mais qui nous envoûtent, ce sont aussi celles de Claude Provencher. Mais sa plus grande élégance aura toujours été celle du cœur. Son approche courtoise et respectueuse de ses collègues aura toujours permis à Claude de faire valoir et accepter des idées innovantes et porteuses. Il maîtrisait l’art de convaincre.

Ainsi fut-il l’instigateur de l’inscription dans la nouvelle politique culturelle du Québec d’une stratégie québécoise de l’architecture. Je tiens à le rappeler. C’est en effet sous son impulsion que le Conseil du patrimoine culturel et l’Ordre des architectes ont, ensemble, défendu avec conviction, auprès de quatre ministres de la Culture, cette idée de stratégie maintenant devenue une politique nationale annoncée l’automne dernier par le premier ministre. Un grand pas pour la qualité de vie des Québécois et pour mieux refléter notre identité culturelle.

L’histoire du Québec peut se conjuguer de plusieurs façons. Une chose est certaine, elle se conjugue aussi à la manière de Claude Provencher.

Pour tout ça, merci, Claude.

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