Des professionnels de recherche précaires et invisibles

Les professionnelles et professionnels de recherche participent activement au développement de la recherche universitaire du Québec, souligne l’auteur.
Photo: iStock Les professionnelles et professionnels de recherche participent activement au développement de la recherche universitaire du Québec, souligne l’auteur.

Au-delà du trio professeur/étudiant/chercheur postdoctoral, la recherche universitaire est basée sur un quatrième protagoniste, un personnel hautement qualifié, mais très précaire et totalement ignoré. Dans un article récent, le journaliste Stéphane Baillargeon a mis l’accent sur une réalité méconnue : celle des « intellos précaires », des professionnels hyperqualifiés, expérimentés et bardés de diplômes, employés à forfait, souvent à temps partiel. Les professionnelles et professionnels de recherche (PPR) appartiennent à cette catégorie.

Les PPR sont la quatrième roue du carrosse de la recherche universitaire. Le paradigme dominant veut que la recherche soit réalisée par le duo étudiant/professeur, auquel on ajoute parfois les chercheurs postdoctoraux. Mais, qui a déjà entendu le terme professionnel de recherche ? Pourtant, les PPR participent activement au développement de la recherche universitaire du Québec et soutiennent chacun des trois autres acteurs.

Les PPR ont une formation de haut niveau, sont titulaires d’un baccalauréat, d’une maîtrise ou d’un doctorat, voire d’un postdoctorat. Bien que le taux de roulement soit élevé, ils travaillent plusieurs années au sein des équipes et des centres de recherche. Ils représentent ainsi des promoteurs et le réceptacle de l’expertise et du savoir-faire développés au sein des équipes de recherche. On les considère à juste titre comme « la mémoire des laboratoires ».

Leur formation et leur expérience leur permettent de contribuer énormément au développement des connaissances, à l’innovation, à l’élaboration des protocoles de recherche et à la rédaction des demandes de subvention. Ils gèrent des équipements et des infrastructures, et participent à la formation de la communauté étudiante : de la préparation des échantillons à la publication des résultats, en passant par l’acquisition, l’analyse et l’interprétation des données.

Malgré cet apport aussi important qu’ignoré, les PPR ont des emplois précaires. Cette situation résulte principalement du mode de financement de la recherche. Les PPR sont rémunérés sur les subventions et les octrois de recherche qui, par définition, sont à durée déterminée. La plupart des contrats de travail ont des durées d’un an ou moins. Les PPR vivent donc constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : la fin et le non-renouvellement de la subvention.

Malgré cette instabilité, une partie des PPR finit tant bien que mal par faire carrière. On s’en doute, les conditions de travail rendent leur vie compliquée. Il peut ainsi être difficile d’obtenir un prêt hypothécaire pour acheter une maison — même après 15 ans de travail régulier — simplement parce que votre contrat de travail est de trois mois… On comprend qu’à force, la précarité use et puisseavoir des conséquences sur la santé mentale.

Non seulement les PPR sont-ils inconnus du grand public et des décideurs, mais ils sont également peu reconnus par leur propre institution. Les PPR n’ont pas toujours de représentants au sein des comités et organes décisionnels des universités. Leur contribution en recherche n’est pas non plus attestée de manière officielle. À part le fait d’être coauteur des articles scientifiques auxquels ils contribuent, leur paternité scientifique est régulièrement escamotée.

Allons-nous continuer longtemps à laisser perdurer ces conditions pitoyables et injustes que subit l’un des quatre piliers de la recherche universitaire ? C’est la qualité de la recherche universitaire qui est en jeu.

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