Paul-André Comeau, l’information internationale pour s’ouvrir au monde

Paul-André Comeau, journaliste et ancien rédacteur en chef du journal «Le Devoir»
Photo: René Mathieu Le Devoir Paul-André Comeau, journaliste et ancien rédacteur en chef du journal «Le Devoir»

Mon vieil ami Paul-André Comeau est décédé la semaine dernière à Bruxelles, là où sa carrière de correspondant à l’étranger s’était amorcée il y a cinquante ans. Des médias ont bien décrit, au lendemain de son décès, son parcours et ses faits d’armes, comme journaliste, serviteur du public, à la tête de la Commission d’accès à l’information ou comme professeur. Je voudrais revenir plus longuement sur son engagement pour une plus large ouverture du Québec au monde et le laisser nous dire l’importance qu’il accordait à l’information internationale et au rôle du correspondant à l’étranger, comme il l’expliquait dans un texte de 1980 (Les journalistes, collectif, Québec Amérique).

J’ai connu Paul-André à l’époque du premier choc pétrolier, en 1973-1974, et des premières alertes à la pollution, de la « Halte à la croissance » du Club de Rome. Le monde n’a hélas guère évolué depuis. J’animais à l’époque une émission d’information économique à Radio-Canada. Je m’entretenais souvent avec lui de ces grands dossiers et de la construction de l’Europe, qui le passionnait et dont il suivait l’évolution depuis Bruxelles. Sa connaissance des dossiers et son aisance à les expliquer m’impressionnaient. Nous sommes vite devenus de bons amis.

C’est avec sa collaboration que nous avons, à l’Université Laval, dès la fin des années 1970, intégré un cours d’information internationale à l’enseignement en journalisme. Il prenait quelques semaines chaque année pour venir transmettre ses réflexions et sa passion à nos étudiants. Paul-André adorait enseigner. Il le faisait avec le même plaisir de communiquer qu’il éprouvait en exerçant son métier de journaliste.

Il croyait illusoire que les correspondants québécois à l’étranger cherchent à rivaliser, dans la chasse aux nouvelles, avec les journalistes des agences de presse, toujours sur la brèche, nombreux à suivre, jour et nuit, le déroulement des événements. Il en déduisit ceci : « Aussi, le correspondant québécois a-t-il, par la force des choses, l’obligation de placer en perspective les diverses facettes d’un événement. De fournir les éléments de référence, les paramètres d’interprétation. » De dégager, dans l’actualité étrangère, des faits ou des éléments de comparaison importants pour la société québécoise. Ainsi, si l’on avait mieux regardé ou écouté ses reportages sur les batailles menées en Europe dans les années 1970 pour faire interdire l’amiante, on aurait pu éviter la création, et le fiasco subséquent, d’une Société nationale de l’amiante et de la nationalisation d’un produit à l’agonie.

« Parent pauvre ? »

Dans son texte de 1980, toujours actuel, intitulé « L’information internationale, parent pauvre ? », Paul-André déplorait le peu de place que nos médias faisaient alors à l’information internationale, en expliquait les causes (« une évolution historique qui n’a que récemment favorisé une amorce d’ouverture sur le monde »), avant de plaider pour un nécessaire changement d’attitude.

Relisons-le : « L’écoute des problèmes et des changements sociaux, des courants qui agitent d’autres sociétés ne sont pas sans valeur à l’endroit de notre propre cheminement collectif [… ]. Dans ce sens, l’information internationale, en plus de faciliter une certaine réflexion prospective ou prophétique, dérange les habitudes et oblige à une remise en question d’une foule de concepts ou de quasi-vérités. C’est d’ailleurs la dimension la plus stimulante d’une information qui se détache de l’événementiel pour tenter de cerner les aspects fondamentaux de l’activité humaine dans sa mouvance et sa complexité. »

Il est vrai que, plus récemment, depuis la pandémie, les problèmes dans la chaîne d’approvisionnement et l’inflation qu’elle a engendrés, et, depuis peu, avec la guerre en Ukraine et ses horreurs, l’information étrangère semble omniprésente dans nos médias. Mais on peut craindre qu’une fois la guerre en Ukraine oubliée, et la pandémie chose du passé, les médias reviennent à la « normalité », à « l’information internationale, parent pauvre », à un regard sur le monde, que Paul-André déplorait, qui se limite essentiellement aux États-Unis et aux « vieux pays ».

Il faut retenir le plaidoyer de Paul-André Comeau : Si « l’information internationale n’a rien d’une panacée, […] elle est pourtant indispensable dans un monde où l’autarcie est un concept utopique ». C’était en 1980. La question de l’ouverture du Québec, et de ses médias, aux enjeux internationaux se pose aujourd’hui avec autant, sinon plus, d’acuité en ces temps où la nécessité de l’interdépendance n’a jamais été aussi évidente.

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