La disparition d’un héros

«Quand Guy prenait la rondelle et patinait à toute vapeur vers le territoire adverse, c’était nous tous qui prenions la rondelle et patinions à toute vapeur vers la patinoire adverse», écrit l'auteur. 
Photo: Richard Wolowicz Getty Images via Agence France-Presse «Quand Guy prenait la rondelle et patinait à toute vapeur vers le territoire adverse, c’était nous tous qui prenions la rondelle et patinions à toute vapeur vers la patinoire adverse», écrit l'auteur. 

Sam Pollock, le directeur général du Canadien, avait réussi un coup de maître en obtenant le choix au repêchage des Golden Seals de la Californie qui allait devenir de tout premier choix de 1971. Il avait dans sa mire Guy Lafleur, la grande vedette des Remparts de Québec, qui venait de remporter la Coupe Memorial, pour remplacer Jean Béliveau, au crépuscule de sa carrière. Il le voulait avec le CH et nous, les partisans, le voulions tout autant. Pensez-y, Lafleur avait marqué 103 buts avec les Remparts, un record absolu pour un junior. Mais l’éclosion de la super vedette n’a pas été celle qu’on avait d’abord espérée.

Guy Lafleur a mis trois saisons avant de se mettre en marche. Les relations avec Scotty Bowman, l’intransigeant coach du CH, la nostalgie de Québec (Lafleur multipliait les allers-retours dans la capitale nationale) et la difficulté de percer un alignement aussi talentueux que celui du Canadien sont les raisons que Lafleur a lui-même souvent invoquées pour expliquer son lent départ chez les professionnels. En fait, c’était si ardu que Lafleur a bien failli aller jouer avec les Nordiques dans la nouvelle ligue en pleine ascension, l’Association mondiale de hockey.

C’est en 1974 qu’il s’est finalement mis en marche. Je m’en souviens comme si c’était hier. Le Guy Lafleur des Remparts est soudainement apparu comme par magie sur la patinoire, sa légendaire crinière blonde au vent (il avait laissé tomber le casque). Les montées à l’emporte-pièce, les tirs foudroyants, les passes arrière savantes et les « Guy, Guy, Guy ! » sont vraiment nés cette année-là. Avec la légende du Démon blond.

Pour moi qui étais au début de l’adolescence, un héros était né. Mon héros. J’étais littéralement rivé au petit écran et aux pages sportives pour contempler les exploits de ce nouveau « Flying French Man » qui allait « brûler » la LNH pendant six saisons consécutives, grande vedette d’une des plus grandes dynasties sportives de l’histoire du sport, le Canadien de Montréal. Comprendre mon attachement à Guy Lafleur était au fond assez simple. Guy était le meilleur joueur de la ligue dans la meilleure équipe de la ligue. Que dire de plus !

On l’a répété mille fois, et c’était vrai. Quand Guy prenait la rondelle et patinait à toute vapeur vers le territoire adverse, c’était nous tous qui prenions la rondelle et patinions à toute vapeur vers la patinoire adverse. Quand il comptait, c’était nous qui comptions. C’était comme dans le temps de mes parents, avec le Rocket ou le Gros Bill. Sauf que Lafleur, il était à moi…

Quand il était mécontent ou malheureux, nous l’étions tout autant. Je me souviens quand il avait découvert que certains joueurs obscurs de l’équipe gagnaient un meilleur salaire que lui. Il avait fait la grève pendant quelques jours, avant que l’injustice ne soit vite effacée par la direction. Le CH n’avait pas vraiment le choix. Sinon, ce sont ses fans qui seraient allés piqueter devant le Forum à sa place.

Le héros a ceci de particulier qu’il vit en parfaite symbiose avec ses admirateurs. Aujourd’hui, mon héros de jeunesse est mort, et c’est une partie de celle-ci qui s’envole avec lui. Il ne reste plus qu’à saluer le départ de ce grand joueur qui était immensément talentueux, mais surtout, sensible, humain et généreux. Bref, un grand homme.

Merci, Guy !

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