Notre fragilité climatique est aussi une pollution intellectuelle

«Les changements climatiques sont bien réels et il est urgent d’agir, maintenant», résume l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Les changements climatiques sont bien réels et il est urgent d’agir, maintenant», résume l'auteur.

Et si nous faisions fausse route dans notre lutte contre les changements climatiques ? Nous attaquons-nous véritablement au cœur de la problématique ? Les démonstrations scientifiques sont sans équivoque : l’activité humaine est responsable de la situation inquiétante dans laquelle nous sommes.

Nous connaissons également des pistes de solution envisageables pour réduire notre empreinte écologique. Toutefois, se pourrait-il que tous les efforts que nous déployons ne soient, en fin de compte, qu’un baume sur une blessure bien plus profonde ?

Loin de moi l’idée de dire qu’il ne faut pas agir ; cela est l’un des plus grands défis auxquels l’humanité fait face. Malgré tout, je crains bien que nous soyons toujours dans le déni quant à l’ampleur de la problématique et, surtout, quant à sa nature véritable.

Chaque année, des dizaines de milliers de personnes soulignent le Jour de la Terre en réaffirmant l’importance de la planète pour l’humain. Le message est aussi capital qu’inconcevable. Nous avons besoin de cette planète. Il y a de ces évidences, n’est-ce pas ? Pourtant, un écart monstre subsiste entre nos paroles et nos actes. Une telle incohérence peut difficilement s’expliquer par un manque de compréhension. Au point où nous en sommes, il faut faire preuve de mauvaise volonté pour nier la situation environnementale, et ça ne semble pas être le nœud du problème dans les sphères climatosceptiques, d’ailleurs.

Certes, il y a des individus qui défendent des positions politiques stratégiques, voire malhonnêtes, mais il faut avoir foi en notre jugement collectif. Qui se laisse encore berner par les promesses électorales de nos politiciens ?

Envisageons la réalité sous un angle différent. Nous tentons tous d’accéder à un niveau de vie supérieur. Les souffrances plus ou moins importantes que nous rencontrons nous font rêver à un avenir meilleur. Puisque tout est instantané de nos jours, nous cherchons la voie rapide pour parvenir à cet état de grâce. Pourquoi continuer à tolérer ce malaise ? Et voilà qu’un premier parti pris d’interprétation s’installe en nous !

Dans cette modernité, nous évitons systématiquement les moments de silence, lors desquels nous nous retrouvons seuls face à nos démons. Guidés par des désirs insatiables, nous trouvons qu’il est bien plus facile de remédier à notre inconfort en nous tournant vers une nouvelle quête. Bien avant la détérioration de notre habitat vient la pollution intellectuelle. Celle qui nous fragilise de l’intérieur.

Ainsi, notre espèce s’est forgé un ego démesuré et celui-ci vacille au moindre coup de vent. Nous avons si peu de recul que notre identité tient désormais à ce que nous faisons, aux endroits que nous visitons, à ce que nous achetons ou même à ce que nous mangeons. Conjuguée à un asservissement au modèle économique prédominant, cette propension à l’opulence nous pousse à nous enfoncer toujours plus loin dans ce cul-de-sac.

En plus de reconsidérer notre définition de ce qu’est le développement — la réalité démontre qu’il serait plus à propos d’utiliser le terme « extinction » —, il est nécessaire de tendre vers une humilité retrouvée afin de cultiver une autre relation avec le bonheur. Les changements climatiques sont bien réels, et il est urgent d’agir, maintenant.

Inévitablement, toute intervention durable passera par des concessions. Nous devrons combattre la peur de perdre ce que nous avons accumulé, l’identité qui nous est chère. Nous devrons tendre vers une répartition plus équitable des ressources disponibles. Accepter d’avoir un peu moins pour que d’autres en aient un peu plus. Nous devons contribuer, individuellement et collectivement, à l’évolution des mentalités.

À voir en vidéo