#JeSuisPhilémon

«Cette lettre s’adresse à tous les jeunes et futurs artistes en musique. Elle s’adresse à tous les futurs Philémon de ce monde», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Cette lettre s’adresse à tous les jeunes et futurs artistes en musique. Elle s’adresse à tous les futurs Philémon de ce monde», écrit l'auteur.

Le 7 avril dernier, un article dans Le Devoir a relaté les récentes dénonciations de l’artiste Philémon Cimon sur sa page Facebook quant à l’attitude et aux pratiques de son éditeur de musique. Un texte généreux, courageux et riche en détails, que vous pourrez lire et relire.

Cette publication dans Le Devoir m’a donné l’envie de publier ce qui suit, dans un élan protecteur et de bienveillance. Cette lettre s’adresse à tous les jeunes et futurs artistes en musique. Elle s’adresse à tous les futurs Philémon de ce monde.

Voici donc dix commandements donnés aux jeunes musiciens :

Conserve les droits sur tes œuvres. Le droit d’auteur sur tes chansons, ça t’appartient par défaut. La loi est faite comme ça. Rien ne t’oblige à le céder à un éditeur ou à une maison de disques. Surtout pas pour « la durée légale du droit d’auteur ». Ça, c’est 50 ans après ta mort… Et très bientôt, 70 ans.

Conserve les droits sur tes enregistrements sonores. Si tu as payé convenablement les musiciens, les chanteurs et les techniciens en studio, alors le produit t’appartient. Nul besoin de le céder à une étiquette de disques. Tu peux cependant partager des revenus pour une durée raisonnable.

Partage tes revenus dès le premier stream. Si tu signes une entente avec une étiquette afin qu’elle fasse connaître ta musique, exige un partage des revenus, et non des profits. Tu as pris des risques en enregistrant ta musique ; l’étiquette doit aussi assumer sa part de risques. Exige ta juste part des revenus dès la première écoute et dès le premier chèque qui arrive. Que ce soit de Sirius XM ou de tout autre Spotify de ce monde.

Mandate des professionnels pour t’aider. Il existe des relationnistes de presse, des pros de la promotion Web et radio, qui peuvent faire connaître tes chansons. Pour les embaucher, trouve de l’argent auprès des gens qui t’aiment. Rappelle-toi que le financement par une maison de disques est rarement meilleur que celui offert par les banques… Les banques, elles, te rendent ta propriété une fois le capital et l’intérêt remboursés.

Lis, apprends et comprends avant de signer un contrat. La courbe d’apprentissage dans ce milieu complexe est longue. Il est important que tu lises les contrats qu’on te propose et que tu ailles chercher de multiples points de vue avant de les signer. Et non après. Rappelle-toi : tout se négocie ; il n’existe pas de fameuses « normes » dans ce milieu. Vraiment pas, en fait… Même si on essaiera de te faire croire le contraire.

Implique-toi pour changer le monde. Chaque année, des assemblées générales ont lieu à la SOCAN, à la SOPROQ, à ARTISTI,à l’Union des artistes et à la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec. Vas-y. Pose des questions. Propose des améliorations. Fais-toi élire. Prends ta place. Dénonce les barrières à l’entrée. Ne laisse pas les autres décider à ta place. Les absents auront toujours tort !

Dénonce publiquement les iniquités. Si les subventionneurs publics, comme le CALQ, le CAC, la SODEC ou Musicaction, te semblent inaccessibles, c’est que leurs critères d’admissibilité ne sont pas assez inclusifs. Prends la parole publiquement pour suggérer des améliorations à apporter aux programmes. C’est ton argent public, après tout.

Exige une place pour notre culture.Si tu trouves que les radios et plateformes donnent trop de place à la culture américaine, dénonce-le publiquement. Nous avons le droit, collectivement, d’être maîtres des propositions culturelles sur nos ondes radio et sur les plateformes comme Spotify et Netflix.

Prends part à l’éducation. Il existe des programmes de diffusion culturelle dans les écoles et les cégeps. Arrange-toi pour faire partie de cette offre auprès des plus jeunes. Car c’est par l’éducation que notre culture se cultive et perdure.

Dénonce sans réserve les injustices. Si tu te sens à plat ventre devant des gens dans ce milieu, dénonce-le publiquement et sans attendre. Le silence ne changera rien aux situations d’abus. Jamais.

Voilà. Il y a bien des choses à savoir dans ce milieu. Mais, selon moi, à la lumière de mes 25 années dans l’industrie de la musique, je crois que ces 10 commandements représentent la base dont il faut tenir compte. En fait, c’est ce que le petit Guillaume aurait souhaité se faire dire en 1989.

Allez. Bonne route.

 

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