Souvenons-nous de Michel Chartrand

«Michel, notre père, nous donne la force de travailler encore afin que le système d’éducation soit ce qu’il aurait toujours dû être avec une école qui offre une éducation de qualité à tous sans égard à la richesse, à la culture, à la région et à l’identité», écrivent les autrices.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir «Michel, notre père, nous donne la force de travailler encore afin que le système d’éducation soit ce qu’il aurait toujours dû être avec une école qui offre une éducation de qualité à tous sans égard à la richesse, à la culture, à la région et à l’identité», écrivent les autrices.

Je me souviens ? Michel avait l’habitude de dire : « Notre devise est “Je me souviens”, mais on a tout oublié, ostie… » Boutade ? Pas vraiment. Septuagénaires, nous sommes régulièrement étonnées par notre oubli collectif. Lectrices des grands quotidiens montréalais, mis à part la saga des chevreuils dans le parc Michel-Chartrand à Longueuil, nous constatons qu’il est rarement question de lui, de ses convictions, de ses valeurs et de ses luttes de 1949 à 2000.

Même la ville de Montréal, où il est né, a vécu, a travaillé et a dirigé le plus important regroupement de syndicats de la CSN de 1968 à 1978, le Conseil central de Montréal, n’a pas encore réussi, malgré une pétition de 5000 personnes et de très nombreuses démarches depuis des années à lui consacrer un parc avec des arbres… C’est pour quand le parc Michel-Chartrand à Montréal ?

Dans un petit livre hommage fait de témoignages, publié en 2016, À bas les tueurs d’oiseaux ! (disponible gratuitement sur le site des Classiques des sciences sociales), son filleul, le médecin Alain Vadeboncœur, écrivait « Michel n’est pas qu’un simple souvenir, c’est une force agissante. Comme tous les vrais héros ». Un homme qui s’inscrit dans notre mémoire collective. Peu dedirigeants syndicaux ont autant touché les Québécois depuis 70 ans.

Le nerf de la guerre, c’est l’éducation

Il disait jouer le rôle du coryphée dans le théâtre grec et s’y appliquait. « Le capitalisme est amoral, asocial, apatride » ; « il n’est pas réformable, pas domptable », clamait-il, à partir des années 1970. Il faut l’abolir. On peut l’entendre dans le film Un homme de parole, de notre frère Alain Chartrand et de notre chère belle-sœur Diane Cailhier (sur le site de l’ONF). La lutte contre ce système d’exploitation et d’oppressions va être longue, très longue, une histoire de générations. D’ailleurs, il a eu jusqu’à sa mort, en 2010, une profonde confiance en la jeunesse. Le nerf de la guerre, répétait-il, c’est l’éducation.

Nous qui avons passé notre vie de travail… et même plus, en éducation, nous sommes encore persuadées de son importance sociale. Michel, notre père, nous donne la force de travailler encore afin que le système d’éducation soit ce qu’il aurait toujours dû être avec une école qui offre une éducation de qualité à tous sans égard à la richesse, à la culture, à la région et à l’identité. Une école qui priorise sa fonction culturelle, qui transmet à tous et toutes un ensemble de connaissances, de compétences, d’attitudes et de valeurs. Nous visons la réalisation d’une école publique, commune, mais plurielle, qui crée de la solidarité et de la cohésion sociale.

Voici quelques mots que nous lui avons adressés dans À bas les tueurs d’oiseaux !

« Je porte en moi des legs précieux qui me donnent rendez-vous à une source où s’abreuver. Source de valorisation, source d’ouverture sur le monde, source de curiosité intellectuelle, source de réflexions pour me rappeler que l’action bienveillante, chaleureuse et l’écoute renforcent l’autre, l’encouragent et contribuent au bonheur de nos semblables. Je parle secrètement à mes chers disparus. Je les sollicite dans le silence du cœur croyant en l’espérance de savoir qu’ils nous écoutent, nous protègent et veillent sur nous avec amour. »

Quelques-uns de tes enfants, de tes petits-enfants, de tes amis ou connaissances de longue date et des gens qui ne t’ont pas connu, mais que tu as inspirés, ont témoigné de leur admiration et de leur amour pour toi. On a même transformé tes multiples défauts en qualités. De ton vivant, tu en aurais été gêné et, pourtant, nous sommes tous convaincus que c’est très peu.

Tu es né en 1916 ans et mort il y a exactement douze ans aujourd’hui. Tu nous manques énormément, à l’occasion, douloureusement. Alors, on rigole de tes blagues et radotages et on s’imagine trinquant avec toi. Parfois, on est même contents pour toi que tu ne sois plus de ce monde.

« Homme de combat, infatigable », on t’a décrit comme aimant la vie et la nature ; attentif à ses fabuleuses richesses, des plus prosaïques aux plus grandioses ; tendre, généreux, chaleureux avec tes proches ; libre, droit, courageux, sincère avec toi-même ; indigné et révolté devant la misère, l’injustice, l’oppression. Un géant, a-t-on dit…

Mais ce dont nous sommes le plus fières, c’est que tu as été « un homme parmi les hommes ».

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