«Des nouvelles de vous»: un baume sur un coeur brisé

«Je n’ai aucune attente et je fais cet exercice pour mettre un baume sur mon cœur brisé devant toute cette souffrance», affirme l'autrice.
Photo: Julia GR «Je n’ai aucune attente et je fais cet exercice pour mettre un baume sur mon cœur brisé devant toute cette souffrance», affirme l'autrice.

Dans ses chroniques, notre collaboratrice Nathalie Plaat en appelle à vos récits. En mars, elle vous a demandé de lui raconter la guerre, ce qu’elle a déposé en vous, dans vos lignées ou votre vie, ce qu’elle travaille en vous, psychologiquement. Extrait choisi.

Je lis régulièrement [les] textes [de Nathalie Plaat] et je dois admettre que celui du 7 mars dernier m’a profondément touchée. Je vais tenter de mettre des mots sur mon ressenti de cette invasion barbare qui me retourne les entrailles. […] Je n’ai aucune attente et je fais cet exercice pour mettre un baume sur mon cœur brisé devant toute cette souffrance.

Mes grands-parents ont fui l’Ukraine en 1911. Ils ont fui la famine, le goulag et la révolution bolchevique. Leurs aînés avaient pressenti les conflits qui ont plongé l’empire dans une grande famine meurtrière et la naissance du communisme. Ma grand-mère, elle qui s’exprimait plus que mon grand-père, n’a jamais oublié la misère humaine qu’elle a vue et vécue sur sa terre natale et n’aurait jamais franchi l’océan pour retourner sur le continent européen. Tellement que, lorsque son fils aîné a laissé partir ma cousine mariée à un pilote des forces armées canadiennes en Allemagne en 1969, elle était convaincue qu’elle ne reviendrait jamais.

Bref, l’histoire de notre génération n’était pas aussi sanglante jusqu’à ce jour maudit du 24 février 2022. Depuis ce jour, je regarde cette guerre qui se déroule sous nos yeux, en direct, et me sens tellement impuissante. Avec mes cousins, on se plonge dans le passé pour essayer de comprendre ce que les Ukrainiens ont bien pu faire pour mériter cette agression sauvage, et tout ce que nous trouvons, c’est un profond désir de vivre leur culture dans une démocratie et se rapprocher de l’Europe. Nous ne croyons pas avoir de famille qui vive en Ukraine, mais toute la descendance des Michaluk est profondément affectée par ce qui ressemble de plus en plus à un génocide.

Même si tout n’est pas parfait, le désir de ce peuple de vivre librement est mû par une longue histoire à travers les époques avec son pays voisin, sa sœur presque, qui veut sa perte. Bien que je comprenne les peurs de l’Occident devant un despote comme Poutine, j’ai de la difficulté à comprendre que nous laissions un peuple se faire massacrer, mais plus encore, comment nous avons laissé ce monstre grandir et faire à peu près tout ce qu’il veut !

En lisant les opinions dans la presse écrite, nombreux sont ceux qui font des parallèles avec la Deuxième Guerre mondiale, cette invasion ressemblant beaucoup à celle de l’Autriche par l’Allemagne avant que cette dernière ne s’attaque à la Pologne. À la différence qu’aujourd’hui tout se déroule live devant nos yeux tandis que le gouvernement russe promulgue mensonge sur mensonge et exerce une répression sans bon sens.

Le matin, je me réveille en espérant que le président ukrainien et sa famille sont toujours sains et saufs ; que les Ukrainiens restés dans leur pays sont aussi sains et saufs ; que le peuple russe se soulève (ça, il y a peu de chance que ça arrive tant et aussi longtemps qu’ils ne sauront pas que c’est la guerre et que c’est la Russie qui est l’agresseur) ; qu’un miracle se produira ! J’espère que la résilience des Ukrainiens sera assez forte pour que, comme David contre Goliath, ils réussissent à faire tomber ce géant qu’est la Russie !

Ici, le printemps s’installe tout doucement… je sèmerai des tournesols pour faire pousser un peu de notre terre ancestrale chez nous.

Merci du fond du cœur !

D’autres voix, d’autres corps

« Je hais la guerre, j’ai peur de la guerre, mais j’ai fait la guerre. Oui, Madame Plaat, j’ai fait la guerre avec mes mots […] Lorsque j’ai vu dans mon entourage des signes de découragement ou de grand désespoir, j’ai ressorti mon arsenal de combat, ces mots de la vie qui continue, les mots de la résistance. Et là, je me suis rendu compte que je possédais ce pouvoir de résister avec mes mots, d’encourager, d’encourager la résistance avec mes mots. » — Gilles Gagné, Inverness

 

« Ceux qui se battent, ces migrants avec leurs valises, ces enfants petits et grands marchant pour vivre, fuir la peur, la terreur. […] Portant maintenant et à jamais en eux cette peur et cette terreur. Qui sera dans trente ans ce bébé qui fait ses premiers pas comme migrant dans le train en ce moment ? Que seront les séquelles inévitables sur toutes les générations à venir ? Que deviendrons-nous ? La résilience dont parle Boris Cyrulnik, il nous en faudra beaucoup pour avancer dorénavant… Personne n’est une île ! » — Josée Guay

 

« Je t’écris ici sur la non-guerre, celle que mon père a décidé de ne pas faire, quand il a décidé de ne pas y aller, de ne pas se rendre sur les champs de bataille, considérant que cela ne profitait qu’aux banques. En 1939, à 19 ans, il a fui l’armée, appréhendant la guerre et une mort certaine qui l’attendait, avant de traverser l’Atlantique. Il était considéré et recherché comme un « déserteur ». Sa bataille à lui a été de survivre, caché pendant au moins quatre ans. […] C’était un survivant à sa façon, un combattant pour la vie. » — Luce Côté, Sherbrooke

 

Une semaine avant notre départ [du Chili, en 1973], nous avons réuni nos familles au prétexte de baptiser nos petits, les seules activités de groupe autorisées en temps de dictature. […] Je vois ma mère inconsolable, mais résignée, elle avait tout compris… Le plus triste fut de se départir de nos souvenirs, de faire choisir à nos petits quel jouet emporter (un chacun) et l’essentiel de nos avoirs dans deux valises. — Ivonne Mieville, Granby



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