Une ville intense est une ville dense

«Ce dont nous avons besoin, c’est d’un urbanisme engagé, humain, vibrant; une vision humaine des villes et de ses espaces qui donne envie d’y vivre», écrit l'autrice.
Photo: Getty Images «Ce dont nous avons besoin, c’est d’un urbanisme engagé, humain, vibrant; une vision humaine des villes et de ses espaces qui donne envie d’y vivre», écrit l'autrice.

Lettre au ministre de l’Environnement, Benoit Charette

Je dois admettre que j’ai été saisie à la lecture de votre déclaration, celle qui annonce que le troisième lien est « un frein à l’étalement urbain ». Nous n’avons assurément pas les mêmes lectures.

Laissez-moi, si vous le voulez bien, vous parlez un peu des miennes.

 

Je commencerais par celles d’une grande dame, à la vision humaniste et inspirante : Jane Jacobs, notamment avec son Déclin et survie des grandes villes américaines, paru en 1961. Elle y prédisait l’échec du développement centré sur la voiture, ainsi que celui lié à l’étalement urbain et au zonage.

Sa pensée s’est articulée autour d’un urbanisme qui se déploie pour les citoyens. Par citoyen, on entend : un père avec son enfant dans une poussette, le commerçant qui a pignon sur rue, une femme à vélo qui s’arrête à la fruiterie, de jeunes enfants qui vont à l’école, la dame qui se rend à pied à la bibliothèque, un couple qui s’embrasse au parc, l’employé qui doit se rendre au travail, etc.

Plusieurs concepts urbains existent en ce sens : le « City Beautiful Movement », « Les villes en 15 minutes », « Streets for Kids », pour ne nommer qu’eux. Je vous invite à aller lire sur ces sujets.

La preuve d’une ville réussie tient dans sa diversité. Celle qui crée le plus d’interactions entre les gens. Autrement dit, une ville qui appartient à tout le monde. Ce qui fait rayonner une ville, ce n’est pas ses constructions routières, mais son humanité.

En densifiant des villes, à l’image de certains villages ou quartiers, on y gagne énormément. Moins de déplacements en voiture au quotidien (voire, pas du tout), interactions sociales accrues, sentiment d’appartenance qui crée une envie d’engagement, de solidarité pour le lieu où l’on vit. Plus une ville sera dense, plus il sera possible d’y bâtir des structures locatives, dont certaines seront sociales. Deux choses dont le Québec a cruellement besoin actuellement.

Si ça se trouve, ce que j’écris ici n’est que rêveries urbaines. Mais plusieurs politiciens de métier — anciens comme actuels — et urbanistes ont en eux cette envie d’imaginer des espaces dans lesquels il fait bon vivre, où il est possible pour tout un chacun de se déplacer de façon sécuritaire, et où la beauté sera au cœur de chaque projet.

De nombreux écrits et études sérieux le démontrent : de nouvelles autoroutes font tout l’inverse d’une densification qui rapproche, elles étalent et éloignent. Et de nombreux dommages collatéraux y sont associés.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’un urbanisme engagé, humain, vibrant ; une vision humaine des villes et de ses espaces qui donne envie d’y vivre. Ne restons pas collés sur l’ère industrielle, où les routes étaient considérées comme un gage de modernité.

Si Jane Jacobs était vivante aujourd’hui, je suis convaincue qu’elle militerait contre le troisième lien. Et nous serions plusieurs à ses côtés.

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