Il faut prioriser la santé, pas la maladie

«Une population en santé visite moins régulièrement l’hôpital, a besoin de moins de lits et de moins de ressources de santé, ce qui réduit inévitablement l’attente pour des services et la pression sur le système de soins», disent les signataires.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Une population en santé visite moins régulièrement l’hôpital, a besoin de moins de lits et de moins de ressources de santé, ce qui réduit inévitablement l’attente pour des services et la pression sur le système de soins», disent les signataires.

Listes d’attente, manque de lits, personnel épuisé, pénurie de main-d’œuvre, heures supplémentaires obligatoires : la refondation du système de soins est une urgence nationale. Mais c’est aussi une mission impossible si l’on continue dans la même direction, en misant sur un ministère de la Maladie plutôt que de la Santé.

En effet, la véritable définition de la santé, celle qui va au-delà de l’absence de maladies et s’appuie sur le bien-être et la qualité de vie de la population, est souvent écartée des débats. Soigner la maladie, et non l’éviter, est la cible prioritaire, comme en témoignent les minces investissements du Québec en prévention et en promotion de la santé depuis des décennies.

Pourtant, une population en santé visite moins régulièrement l’hôpital, a besoin de moins de lits et de moins de ressources de santé, ce qui réduit inévitablement l’attente pour des services et la pression sur le système de soins. Elle dispose aussi de plus de travailleuses et travailleurs disponibles à l’emploi pour soutenir une économie prospère : l’absentéisme et les congés maladie étant souvent évités. Elle permet d’accéder au bien vieillir. Et finalement, elle est plus résiliente face aux pandémies et aux conséquences des changements climatiques.

Une richesse collective

Plusieurs des maladies qui engorgent notre système de soins sont évitables. C’est le cas de 7 maladies chroniques sur 10, dont 80 % des maladies du cœur et environ 40 % des cancers. Imaginez l’impact que cela pourrait avoir si l’on s’y attardait davantage !

Pour éviter ces maladies graves et les souffrances qui les accompagnent, il faut miser sur la prévention et la promotion de la santé. La consolidation d’une infrastructure de santé publique forte, notamment par un financement au moins équivalent à celui des autres provinces canadiennes, nous permettrait de soutenir et de coordonner efficacement ces actions pour un maximum de synergie.

Il faut également affirmer haut et fort que la santé n’est pas seulement l’affaire du ministère de la Maladie ! À cet effet, depuis 2016, il existe au Québec une Politique gouvernementale de prévention en santé qui œuvre sur d’importants déterminants comme le logement, l’alimentation, les habitudes et les milieux de vie, le bien-être mental, etc. Reconnues mondialement et appuyées par la science, ses cibles ont le potentiel d’obtenir les gains de santé essentiels en mettant à contribution différents ministères et secteurs de la société, et ce, en collaboration avec plusieurs organismes qui interviennent auprès des citoyens.

En lisant cette politique, on pourrait croire que la solution est déjà en place pour réduire la pression du système de soins. Mais il y a un « mais » majeur. Cette politique interministérielle, dont le financement annuel est d’environ 20 millions de dollars, représente une goutte d’eau au sein du budget de la « santé », qui dépasse les 50 milliards de dollars par an. Pour parvenir à atteindre ses cibles ambitieuses et à voir ses impacts sur la qualité de vie des Québécois, nous devrions multiplier son investissement par 10, si ce n’est plus.

Il faut finalement considérer qu’investir dans la prévention procure des économies majeures, et donc un excellent retour sur l’investissement. De nombreuses études démontrent que chaque dollar investi en prévention permet d’économiser à moyen terme environ 6 $ en coûts de soins tout en améliorant la qualité de vie des citoyens.

Avec autant d’impacts favorables dans différents secteurs de notre société et une capacité à épargner des milliards de dollars en soins, on peut se demander pourquoi la prévention n’est pas déjà priorisée par nos gouvernements.

Pour s’en sortir et aller plus loin, il est temps que tous les partis politiques lèvent ensemble le regard au-delà de l’échéancier électoral pour apercevoir l’horizon en matière de santé. Si la refondation du système de soins semble inévitable, il est tout essentiel de lui donner également de solides fondations en créant un véritable réseau de la Santé et des Services sociaux qui, grâce à une population plus en santé et à la consolidation des liens entre les ministères, leurs réseaux et les organisations du terrain, pourra enfin respirer.

La santé et la qualité de vie des Québécois n’ont pas de prix. La maladie, elle, en a un. Et la solution est accessible.

* Cette lettre est appuyée par une douzaine d’organismes:
 

Capsana

Cœur+AVC

Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS)

M361

Société canadienne du cancer

ÉquiLibre

La Cantine pour tous

La Fondation Champions pour la vie

La Maison de santé Prévention – Approche 180

Le réseau d’action en santé cardiovasculaire

Réseau Accès Participation

Réseau francophone international pour la promotion de la santé (RÉFIPS), région des Amériques.

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