Le milieu communautaire oublié

«Le projet de loi 15 ne mentionne nulle part la collaboration essentielle entre le milieu institutionnel et les organismes communautaires qui sont en première ligne pour soutenir et accompagner les familles au quotidien», écrit l’auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le projet de loi 15 ne mentionne nulle part la collaboration essentielle entre le milieu institutionnel et les organismes communautaires qui sont en première ligne pour soutenir et accompagner les familles au quotidien», écrit l’auteur.

Alors que le gouvernement du Québec cherche à mettre en œuvre les recommandations de la commission Laurent, l’Assemblée nationale reprendra cette semaine, après deux semaines de pause parlementaire, l’étude du projet de loi no 15 proposant d’importantes réformes au sein de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Un acteur important en matière de prévention et de maintien du filet social autour des enfants et des familles du Québec est toutefois l’un des grands oubliés de ce projet de loi déposé par le ministre Lionel Carmant : le milieu communautaire.

En effet, le projet de loi 15 ne mentionne nulle part la collaboration essentielle entre le milieu institutionnel et les organismes communautaires qui sont en première ligne pour soutenir et accompagner les familles au quotidien. Or, ces organismes disposent d’une expertise poussée du terrain et sont complémentaires au réseau public, atteignant des clientèles en situation de vulnérabilité qui passent trop souvent sous le radar de la DPJ.

Les 280 organismes communautaires Famille (OCF) du Québec contribuent activement à prévenir en amont l’aggravation de situations qui, autrement, devraient être prises en charge par la protection de la jeunesse. Ils allègent ainsi le fardeau du réseau public.

Devant ce constat, le Québec ne peut se priver de l’apport essentiel du milieu communautaire et doit déployer des efforts supplémentaires pour approfondir la collaboration entre la DPJ et les organismes communautaires. Lorsqu’il est question du bien-être des enfants et des familles du Québec, nous ne pouvons tout simplement plus travailler en vase clos, comme c’est encore trop souvent le cas.

C’est pourquoi la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FQOCF) propose, dans un mémoire déposé devant la Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale, une série de recommandations visant à accroître les échanges entre ces deux acteurs dont la complémentarité peut et doit être additionnée au bénéfice des enfants et des familles d’ici.

Cet approfondissement de la collaboration DPJ-OCF passe notamment par la mise en place d’instances de concertation qui permettront un échange d’informations pertinentes et une meilleure coordination de l’action en prévention, et ce, tant à l’échelle nationale que régionale et locale.

Si nous travaillons davantage ensemble, nos tout-petits en seront les premiers gagnants.

 

Tandis que le premier mandat du gouvernement Legault tire à sa fin, le prochain budget du ministre des Finances, Eric Girard, prévu pour le 22 mars, sera une dernière occasion de tenir son engagement à répondre favorablement à l’ensemble des recommandations de la Commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la jeunesse (CSDEPJ), présidée par Régine Laurent.

L’une des six premières recommandations de la Commission, formulées en décembre 2019, concernait directement le milieu communautaire Famille : le gouvernement doit assurer un financement à la mission adéquat pour les 280 OCF du Québec, soit une somme prévisible et récurrente d’au moins 200 000 $ par organisme annuellement.

Un premier pas en ce sens a été franchi à l’automne 2020 quand le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a annoncé une bonification de cette enveloppe à hauteur de 130 000 $ par OCF. Or, il reste toujours un manque à gagner de 70 000 $ par année pour atteindre la cible fixée par la CSDEPJ.

Quelle ne fut donc pas notre surprise lorsque nous avons entendu le ministre Carmant déclarer, en réaction à la récente sortie publique de l’ex-vice-président de la commission Laurent, André Lebon, que de ces six recommandations de décembre 2019, « toutes, toutes ont été remplies ». C’est totalement faux.

Une occasion à saisir

Depuis le début de la pandémie, les OCF ont su démontrer hors de tout doute leur capacité à maintenir le filet social autour des enfants, des mères et des pères de partout au Québec. Ils l’ont fait avec bienveillance et résilience, malgré des moyens limités, et face à une crise mondiale sans précédent.

Mais alors que les besoins ne cessent d’augmenter sur le terrain et que les coûts d’exploitation explosent, le milieu communautaire Famille est de plus en plus à bout de souffle.

Le gouvernement Legault a donc devant lui une occasion en or, avec le budget du 22 mars prochain, de tenir parole et de véritablement donner suite à l’ensemble des recommandations de la commission Laurent.

Si nous voulons continuer à agir en prévention pour le mieux-être des familles d’ici, il faudra un jour que le Québec se donne les moyens de ses ambitions et qu’il règle une fois pour toutes le sous-financement chronique et historique des OCF.

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