La francophonie dans les Amériques, un espace à consolider

«La francophonie doit poursuivre son développement au sein d’espaces favorables à la collaboration et au renforcement des réseaux dans l’ensemble des Amériques», estiment les signataires.
Photo: Getty Images «La francophonie doit poursuivre son développement au sein d’espaces favorables à la collaboration et au renforcement des réseaux dans l’ensemble des Amériques», estiment les signataires.

Selon l’Observatoire démographique et statistiques de l’espace francophone (ODSEF) et le Centre de la francophonie des Amériques (CFA), la francophonie dans les Amériques représente plus de 20 millions de personnes. Ce sont près de 11 millions de personnes au Canada, cinq millions dans la Caraïbe, principalement en Haïti, presque trois millions en Amérique du Sud et plus de deux millions aux États-Unis. Selon les contextes, le français est une langue de citoyenneté. Il est aussi une langue de culture, une langue scientifique et économique. Il est presque toujours en situation minoritaire.

Les gouvernements du Canada, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario ont un rôle clé à jouer en vue de la création de conditions qui rendent possible cette francophonie à la grandeur des Amériques et pour que ses membres s’appuient mutuellement. Au mois de juin 2021, le gouvernement du Québec et la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada ont tenu un grand rassemblement en ligne afin de revoir les liens qui les unissaient, de se donner des perspectives d’avenir, de renforcer leurs collaborations et d’accompagner le gouvernement du Québec en vue de la préparation de sa nouvelle politique en matière de francophonie canadienne. Le Canada et le Québec doivent poursuivre sur cette lancée à l’échelle des Amériques en collaboration avec les acteurs de la société civile, au premier rang desquels le CFA, l’ODSEF, l’Organisation universitaire interaméricaine (OUI), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), le CODOFIL. Une concertation élargie en matière de relations entre les francophones et les francophiles des Amériques est essentielle afin d’appuyer et de multiplier les coopérations scientifiques, économiques, culturelles, éducatives et d’encourager les acteurs épars ou dispersés à unir leurs forces.

La francophonie des Amériques a une cohérence propre. Il existe une identité francophone dans les Amériques qui va bien au-delà du clivage Nord-Sud. Cette identité est bigarrée et traversée d’accents multiples. Elle puise dans une histoire unique liée à la colonisation, à l’oppression des premiers peuples, mais également aux luttes de libération nationale. Cette histoire a donné lieu à de nombreuses innovations et rencontres, ainsi qu’à l’exigence du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Qui plus est, pour de nombreux membres de la francophonie en Amérique latine, la relation étroite avec la francophonie québécoise et canadienne, tissée au fil des ans, est et reste fondamentale. En plus du monde hispanophone, la francophonie des Amériques coexiste aussi avec les mondes anglophone, autochtone et lusophone et doit s’affirmer dans toute sa diversité.

Dans les Amériques, le français constitue un levier d’avenir. Pour cela, la francophonie doit poursuivre son développement au sein d’espaces favorables à la collaboration et au renforcement des réseaux dans l’ensemble des Amériques. Partout, les francophones doivent pouvoir se retrouver, se fédérer, se solidariser et se donner les moyens de leurs ambitions. L’exigence d’habiter la distance qui nous sépare et de développer notre sentiment d’appartenance à cette grande zone d’échanges et de rencontres que représentent les Amériques constitue un projet à approfondir et à chérir. Cela est d’autant plus important au sortir de la pandémie, alors que notre humanité n’a jamais été autant fragilisée et menacée par des formes de replis sur soi qui ne peuvent que nous isoler davantage.

*Cette lettre est cosignée par :
 

Valérie Amiraux, Vice-rectrice Partenariats communautaires et internationaux, Université de Montréal

 

Valérie Caron, Directrice, Pôle régional en enseignement supérieur. Capitale-Nationale (Québec)

 

Clément Duhaime, Président du conseil d’administration (2019-2020), Centre de la francophonie des Amériques

 

Rainer Enrique Hamel, Universidad Autónoma Metropolitana, Chaire UNESCO Politiques du multilinguisme, Mexico, Mexique

 

David Julien, Secrétaire général exécutif, Organisation universitaire interaméricaine

 

Michelle Landry, Chaire de recherche du Canada sur les minorités francophones canadiennes, Université de Moncton

 

Valérie Lapointe-Gagnon, Acfas-Alberta, Faculté St. Jean (Alberta)

 

Rémi Léger, Université Simon Fraser

 

Jason Luckerhoff, Université du Québec à Trois-Rivières

 

Antoine Maillet, Universidad de Chile

 

Jonathan Paquette, Doyen de la Recherche et Création, Université du Québec en Outaouais

 

Martin Meunier, Collège des Chaires de la francophonie, Université d’Ottawa

 

Patrick Noël, Président Acfas-Manitoba, Université de Saint Boniface

 

Martin Normand, Directeur, Recherche stratégique et relations internationales, Association des collèges et universités de la francophonie canadienne

 

Martin Pâquet, CEFAN, Université Laval

 

Michel Robitaille, Président du Conseil d’administration, Centre de la francophonie des Amériques

 

Stéphanie Rousseau, Pontificia Universidad Católica del Perú

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