Hubert de Ravinel, témoin discret de l’Évangile

Hubert de Ravinel
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Hubert de Ravinel

Hubert de Ravinel, décédé récemment à l’âge de 88 ans, a été au Québec un témoin exceptionnel de l’Évangile et de son message fondamental : l’amour dans le service des pauvres et la quête de la justice.

Pourtant, il s’est fait discret sur la source évangélique de son engagement auprès des personnes âgées et pauvres. Pour le plus grand nombre, il a agi par humanisme. Du reste, les nombreux reportages sur les Petits Frères des pauvres publiés dans Le Devoir à compter de novembre 1968 se trouvaient dans la page des affaires sociales sous la plume de Renée Rowan, et non dans la chronique religieuse.

Néanmoins, les Petits Frères n’ont pas caché leur origine religieuse. Mais ils ne l’ont pas étalée non plus. Le Devoir les a parfois déjoués. Ainsi, en juin 1965, dans le tout premier papier qu’il leur consacre, on nous informe qu’Hubert de Ravinel devient « le nouveau supérieur des Petits Frères de Paris » !

En avril 1973, Hubert publie dans notre journal un texte poétique : « Et si Pâques c’était vrai ». C’est ici encore un texte à saveur humaniste sur l’amour et la justice, mais avec une brève évocation du mystère de Pâques. « J’ai rêvé que les hommes avaient brusquement réalisé ce que veut dire le mot “ressusciter”. Ils avaient pris conscience par le mystère de mort d’un autre Homme qu’ils étaient devenus des hommes intelligents et humains. Des hommes disponibles et accueillants. »

J’ai eu pour ma part à rendre compte du dixième anniversaire de la présence des Petits Frères au Québec. Leur devise déjà fantaisiste — « Les fleurs avant le pain » — leur inspire une fantaisie vraiment spectaculaire qui fait sourciller dans les beaux salons. Ils organisent pour leurs amis un grand banquet dans la salle de bal du Château Champlain !

Hubert réplique aux bonnes âmes. Ce geste collectif n’est pas plus farfelu que celui de Marie [la sœur de Marie-Madeleine et de Lazare], qui versa sur les pieds de Jésus « une livre d’un parfum de vrai nard très coûteux ». Au grand scandale de Judas, qui aurait voulu qu’on vende le parfum pour donner l’argent aux pauvres. Hubert, cette fois, a bien révélé l’assise évangélique du mouvement qu’il préside. Mais, il n’abusera pas du procédé !

Inégalités sociales

 

Cela dit, les Petits Frères sont parfaitement conscients que la pauvreté chez les personnes âgées est le résultat des inégalités sociales. Aussi n’hésitent-ils pas à réclamer justice. Ainsi, Hubert écrit à M. Saulnier, président du comité exécutif de la Ville de Montréal : « Les vieillards ne veulent plus d’aumônes officielles. Ils exigent justice ». Ainsi s’amorce une campagne pour réclamer pour eux la baisse des tarifs du transport en commun. Bien d’autres suivront.

J’ai connu Hubert de Ravinel autrement que comme journaliste. Depuis 1969, j’appartenais à une communauté de base. Avec le cinéaste Guy L. Côté, de l’ONF, celle-ci avait participé au tournage du film Tranquillement pas vite sur le catholicisme déclinant et notre communauté naissante. Hubert vit ce film et devint membre de notre fraternité.

Dans son autobiographie (1994), il raconte comment cette expérience communautaire l’a mené « à crever la bulle qui [l’]avait jusqu’à présent maintenu en atmosphère contrôlée, à l’écart de la vie ordinaire ». Et pour cause ! Il y a rencontré Claire Blanchard, sa future épouse et la mère de leurs filles, Catherine et Anne. Après avoir quitté les Petits Frères en 1977, Hubert est passé à l’engagement politique au sein du cabinet de Pierre Marois, ministre d’État du Développement social. Frappé douloureusement par le chômage, il poursuivit ensuite sa carrière comme professeur en gérontologie.

Mon cheminement avec Hubert et Claire s’est poursuivi dans la joie dominicale à compter des années 2000 au sein de la communauté chrétienne Saint-Albert-le-Grand. C’est elle qui célébrera ses funérailles le 12 mars.

Hubert est néanmoins resté, à l’égard de la foi chrétienne, en recherche. Il écrivait en 1994 dans une lettre ouverte à Françoise, une religieuse « égarée dans la nuit de son doute » : « [Je] ne suis pas un vrai croyant et je dois convenir de cette réalité. Je crois seulement être un “espérant” et, pour l’instant, je suis plus sensible au message des espérants qu’à celui des croyants ». D’où le titre de son autobiographie : Car j’aime et j’espère. Tel est le témoignage fondamental de ce fier descendant des barons de Ravinel.

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