L’empreinte de la grève étudiante de 2012

«Pour beaucoup d’entre nous, cette grève a marqué nos choix futurs, elle nous a construits, façonnés, et elle continuera de le faire», écrit l'autrice. 
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Pour beaucoup d’entre nous, cette grève a marqué nos choix futurs, elle nous a construits, façonnés, et elle continuera de le faire», écrit l'autrice. 

Chaque année, vers le mois de février, je ressens l’envie d’écrire sur la grève étudiante de 2012, puis je renonce en me disant que je n’ai pas encore réussi à en capturer l’essence, à définir précisément ce que je pourrais en dire, et que je ne suis peut-être pas à même d’en dire quelque chose, que je n’ai pas les outils pour conceptualiser cet événement, ce vécu, et l’objectiver.

Mais, finalement, peut-être est-ce un objectif vain que de vouloir en dire précisément quelque chose, un exercice impossible en raison du « trop-plein » que représente ce moment.

De fait, la grève étudiante de 2012 a clairement changé ma vie.

 

Grâce à elle, j’ai perçu et vécu la force et la beauté de l’action politique collective, à quel point ensemble, on pouvait faire de belles choses, construire et porter un mouvement, une mobilisation au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer au départ. Je me suis laissé porter par cette force du collectif, de l’engagement, de l’échange et de la solidarité. Comme une ivresse qui aurait duré six mois et qui aurait poussé mon corps à se lever chaque matin à l’aube et à se coucher tard le soir. De chaque action, de chaque manifestation, et elles étaient nombreuses, c’est ce partage, ces moments d’entraide que je retenais. Même en plein « champ de bataille », ce qui me touchait, c’était ce geste envers l’autre, cette attention à autrui, ce soutien. Nous étions ensemble portés par nos espoirs, nos revendications, et rien ne pouvait affaiblir notre détermination.

C’est aussi en 2012 que j’ai pris goût à l’exercice de la délibération collective. D’abord réticente, j’ai fini par aimer ces heures d’assemblées, de congrès, où, collectivement, on tentait d’adopter des positions malgré nos divergences, où l’on débattait, argumentait, parfois durement, certes, mais n’est-ce pas là le propre de la démocratie ? Ma pensée a profondément évolué au fil de ces instances et j’ai beaucoup appris des autres et sur moi-même. C’est aussi là que j’ai été confrontée, pour la première fois, à la question du féminisme, engagement que j’ai continué par la suite à soutenir.

Évidemment, tout n’était pas rose. Les violences policières, la fatigue, le mépris du gouvernement, les injonctions et nos divergences en interne pouvaient être rudes. Mais la force du mouvement, de notre collectif, permettait de passer outre et de continuer, malgré tout. Et puis, beaucoup de camarades de lutte sont devenus des amis, des personnes proches, et cela, ça aidait beaucoup.

Pour beaucoup d’entre nous, cette grève a marqué nos choix futurs, elle nous a construits, façonnés, et elle continuera de le faire. Nos implications politiques, nos engagements associatifs, nos choix professionnels, nos liens personnels sont marqués par 2012.

Et au-delà, elle a construit ce lien indéfectible entre nous. Où que nous soyons aujourd’hui, que nous soyons amis, de simples connaissances ou des inconnus, nous avons ce partage en commun.

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