Les problèmes de la preuve vaccinale

«Il est impératif que la population soit unie dans le contexte de la pandémie», affirme l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Il est impératif que la population soit unie dans le contexte de la pandémie», affirme l'auteur.

Le 7 janvier, je demandais dans ces pages « de rendre obligatoire la présentation [d’une] preuve vaccinale et d’une pièce d’identité pour entrer dans n’importe quel lieu public ». Le premier ministre Legault a jugé bon de donner raison à toutes les personnes qui réclamaient cette mesure.

J’avais tort ! Certes, mon objectif était noble : soulager la population qui était et est toujours sur les genoux, comme le démontrent les débordements populaires parfois violents à Ottawa, à Québec, à Toronto, à Winnipeg et dans plusieurs autres grandes villes canadiennes.

Il est impératif que la population soit unie dans le contexte de la pandémie. M. Legault lui-même souhaite voir une paix sociale s’établir. Or, l’exigence d’une preuve vaccinale crée une opposition entre les vaccinés et les non-vaccinés, et son efficacité comme mesure incitative à la vaccination est marginale au mieux.

Depuis, j’ai observé que la présentation de la preuve vaccinale cause de nombreux problèmes et que les directives concernant celle-ci sont illogiques, arbitraires, incohérentes et difficiles à appliquer par les commerçants, y compris les restaurants. Voici quelques-unes de mes observations :

1. Les employés des commerces n’ont pas l’obligation d’être vaccinés, mais leurs clients le sont. 2. La preuve vaccinale n’est pas exigée pour circuler dans les galeries souvent très fréquentées des centres commerciaux, mais doit être présentée pour entrer dans une grande surface dont une des entrées débouche sur la galerie marchande. 3. La présentation de la preuve vaccinale est exigée pour entrer dans un commerce de 1500 mètres carrés ou plus, mais ne l’est pas pour entrer dans un supermarché dont la superficie est souvent supérieure et où l’achalandage est plus important. 4. Certaines personnes vaccinées ne vont plus dans les commerces où on exige la preuve vaccinale pour ne pas avoir à attendre en ligne. 5. Les commerçants doivent parfois subir les insultes de clients mécontents. 6. Certains commerçants ne vérifient pas la preuve vaccinale même lorsqu’on leur propose de le faire.

Je pourrais continuer, mais je crois que ces quelques exemples suffisent à démontrer que l’exigence de présenter une preuve vaccinale est problématique, sans gain significatif démontré sur le plan sanitaire . En outre, elle augmente les dépenses des commerçants, réduit leur achalandage et a donc un impact sur leurs revenus et leur rentabilité.

Bien entendu, il n’est pas question d’abandonner toutes les mesures sanitaires, comme certains extrémistes le demandent.

Les mesures de protection fondamentales et les gestes barrières demeureront essentiels pour encore des mois, peut-être des années si la vaccination n’est pas étendue aux pays pauvres, car cela favorise l’émergence de nouveaux variants. Pensons au port du masque, à la désinfection fréquente des mains, à la distanciation de deux mètres, à la ventilation et à la restriction de la capacité d’accueil dans les restaurants, les commerces et même certains lieux extérieurs. Ma conjointe et moi n’irions pas dans un restaurant, une salle de spectacle ou un commerce, sans que nous puissions maintenir une distanciation de deux mètres et sans qu’il y ait une ventilation adéquate. Enfin, tentons de convaincre sans contrainte les non-vaccinés, puisque nous savons que nous ne convaincrons jamais tout le monde.

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