L’enseignement à distance, une erreur pour certaines universités

«Étendre l’enseignement à distance trop largement serait toutefois une erreur fatale pour certaines universités québécoises, et certaines directions ne semblent pas comprendre l’ampleur de ce potentiel faux pas», écrit l'auteur.
Photo: Getty Images «Étendre l’enseignement à distance trop largement serait toutefois une erreur fatale pour certaines universités québécoises, et certaines directions ne semblent pas comprendre l’ampleur de ce potentiel faux pas», écrit l'auteur.

Le retour en classe à la quasi-normale arrive dans les universités québécoises. Si bien des gens s’en réjouissent, des dirigeants et dirigeantes universitaires semblent faire des efforts pour établir de façon pérenne l’enseignement à distance. Il est évident que l’enseignement à distance est un atout fort lorsque vient le temps de faire face à des situations de crise comme celle que nous traversons, ou d’offrir des conditions particulières d’enseignement pour certains programmes avec des parcours plus atypiques. Étendre l’enseignement à distance trop largement serait toutefois une erreur fatale pour certaines universités québécoises, et certaines directions ne semblent pas comprendre l’ampleur de ce potentiel faux pas.

Ces directions d’université qui poussent vivement pour l’enseignement à distance sans égard au contexte, pour des raisons financières en bonne partie basées sur l’attraction internationale, creusent la tombe de leur établissement le sourire aux lèvres, effaçant sans remords leur propre expérience. Si vous croyez que les rectrices et doyens d’aujourd’hui, lors de leurs parcours universitaires, ont eu comme expérience seulement celle de leurs séances de classe, détrompez-vous. Ils et elles étaient les premières personnesà participer activement à des groupes de recherche, à organiser des soirées pour des comités, à profiter de soirées non officielles de réseautage après leurs classes, à s’impliquer dans leurs associations étudiantes.

Certaines directions proposent de sonder les étudiantes et étudiants pour leur demander leur préférence. Si l’on demande aux cohortes des deux dernières années, les chances que la balance penche vers l’enseignement à distance sont grandes. Ils et elles ont connu des universités vides, sans cafés pour se réunir et travailler ensemble, sans bars pour décrocher en groupe à la fin des journées de classe, sans activités sportives, culturelles, humoristiques en soirée ; sans activités d’intégration ou 5 à 7 d’associations étudiantes, sans spectacles, sans groupes qui s’organisent autour de mille et un intérêts.

Sans vie.

 

Toute personne qui a eu la chance de profiter de cette vie universitaire vous dira sans hésiter que l’apprentissage que peuvent nous offrir ces établissements passe au moins autant, sinon plus, par tout ce qui entoure les classes que par le parcours scolaire en lui-même. Il appartient aux étudiants et étudiantes de s’en saisir, mais il appartient aux universités de leur offrir cette chance.

Il est évident que la formule de financement actuelle des universités ne joue pas en faveur de celles-ci. Ces directions évoquent régulièrement la concurrenceinternationale pour se justifier, affirmant n’avoir d’autre choix. J’irais pour ma part d’un avertissement à leur égard : si vous jouez le jeu de la concurrence internationale et du passage en ligne, vous allez perdre. Jamais vous ne pourrez compétitionner longtemps en matière de rayonnement, d’attractivité, de réputation, de ressources contre les grandes universités européennes et américaines. Ce que vous pouvez faire, par contre, c’est bâtir des universités bouillonnantes, vivantes, actives ; des campus où les gens ont envie d’étudier, mais aussi de vivre ; des communautés liées et fortes, qui résistent dans le temps. Comme ces commerces de quartier dans lesquels il fait bon aller, installés depuis 60 ans, centraux dans la vie de leur communauté, espaces de retrouvailles et d’amitiés qui résistent encore à Walmart et à Amazon.

Parce qu’ultimement, cessons de nous mentir : dans le grand « marché » international numérisé des universités, l’UQAM, l’UQTR, l’Université de Sherbrooke, Concordia et compagnie ne sont pas grand-chose de plus que des commerces de quartier.

À voir en vidéo