Pour nos athlètes

«J’écris cette lettre ouverte à ces 215 athlètes qui représenteront le Canada aux Jeux olympiques», écrit l'autrice.
Photo: AFP «J’écris cette lettre ouverte à ces 215 athlètes qui représenteront le Canada aux Jeux olympiques», écrit l'autrice.

Cet automne, la série Virage, portant sur l’après-carrière d’une athlète olympique, a été diffusée sur les ondes de Noovo. Puis, le 22 janvier dernier, c’était au tour du documentaire Je croyais en toi, mettant au jour les relations toxiques dans le monde du sport, d’être diffusé sur les ondes de Radio-Canada.

Tout cela m’a replongée dans mes souvenirs.

Je n’ai jamais participé à des Jeux olympiques. Je n’ai jamais brillé sur la scène internationale. Pourtant, à une époque, j’étais une athlète et le ski de fond était toute ma vie.

J’ai connu la satisfaction et l’exaltation suprême des bonnes courses, le plaisir de découvrir les Alpes françaises et les Rocheuses, le plaisir des partys de fin de saison, la fierté dans les yeux de mes parents, les joies du ski de printemps, la camaraderie avec mes coéquipiers et coéquipières.

J’ai aussi connu le stress, la pression, la chienne de ne pas performer, de décevoir, la dévastation associée au fait de ne pas être sélectionnée pour des championnats pour lesquels je m’étais entraînée pendant des mois, les sacrifices, l’impression de passer à côté de mon adolescence, la peur de n’être rien de plus qu’une athlète aux yeux des autres — et à mes yeux.

J’ai connu tout ça alors que je n’étais encore qu’une enfant.

J’ai accroché mes skis peu de temps après avoir connu la meilleure saison de ma vie. J’avais alors 19 ans. Et la vie devant moi.

De nos jours, de plus en plus de préparateurs mentaux se joignent à des équipes sportives. C’est également le cas de physiothérapeutes, de kinésiologues, de nutritionnistes et d’autres professionnels. Elle est bien loin, l’époque où les entraîneurs devaient jouer à eux seuls tous ces rôles, protégeant ainsi les athlètes des potentielles dérives de ces derniers…

Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir un coach formidable, des parents en or et un réseau me soutenant. J’ai surtout eu la chance de ne pas être suffisamment bonne pour devenir une figure publique. J’ai donc pu vivre mes hauts, tout comme mes bas, dans l’anonymat quasi total, à l’abri des regards.

Du 4 au 20 février ont lieu à Pékin les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Des Jeux qui, disons-le, se dérouleront sur fond de coronavirus et de boycottage diplomatique…

Ce sont 215 athlètes qui porteront fièrement les couleurs du Canada lors des différentes épreuves de ces Jeux. Ces 215 athlètes porteront également le poids de toute une nation sur leurs épaules.

 

Plusieurs d’entre eux et elles ont probablement la chienne au moment où j’écris ces lignes. La chienne de ne pas performer, de décevoir.

Nous allons certainement applaudir celles et ceux qui parviendront à se hisser sur les marches du podium. Nous acclamerons leur courage et leur talent. Mais comment allons-nous réagir aux défaites de certains autres en direct sur nos téléviseurs ?

Derrière chaque athlète il y a un jeune homme ou une jeune femme en développement. Un être humain faillible qui a besoin d’un soutien inconditionnel… et de douceur.

Encourageons-les. Aimons-les. Accueillons leurs bons coups comme leurs moins bons coups avec bienveillance.

 

J’écris cette lettre ouverte à ces 215 athlètes qui représenteront le Canada aux Jeux olympiques ; à celles et ceux qui réussiront à alimenter notre imaginaire collectif grâce à leurs prouesses, mais aussi à celles et ceux qui connaîtront des jours plus sombres.

J’écris aussi cette lettre à tous ces athlètes demeurés dans l’ombre, qui ne sont pas parvenus à être sélectionnés pour ces Jeux et pour qui la vie a un goût amer depuis.

Vous brillez. Vous inspirez. Toutes et tous. Comme athlètes, mais aussi comme personnes. Une belle vie vous attend au virage de votre carrière sportive. Promis.

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