Refonder le système de santé

«Notre gouvernement, si bien lancé dans la sur médicalisation par la pandémie, devrait non seulement faire marche arrière, mais changer de cap s’il veut vraiment refonder le système de santé», écrit l’auteur.
Photo: The Canadian Press «Notre gouvernement, si bien lancé dans la sur médicalisation par la pandémie, devrait non seulement faire marche arrière, mais changer de cap s’il veut vraiment refonder le système de santé», écrit l’auteur.

Refondation ! Le mot est profond. La pandémie aura été la goutte de trop, mais ce qu’il faut garder à l’esprit, en vue des changements souhaités, c’est le fleuve qui fait pression depuis longtemps sur nos institutions sanitaires. Or, ce fleuve ne peut que grossir parce que, dans ce domaine, les besoins sont illimités, tandis que la crise actuelle nous oblige à prendre acte de ce qu’on sait depuis toujours : les moyens sont limités.

Cette crise a aussi renforcé une tendance déjà très forte : la médicalisation, laquelle correspond à ce que les gens demandent et à ce que les gouvernements et les médecins influenceurs les incitent à exiger : encore des vaccins en rappel même quand le président de Pfizer lui-même recommande plutôt des vaccins annuels. C’est ainsi. Dans ces conditions, la refondation pourra-t-elle être autre chose qu’une autre étape dans la rationalisation… complétée par une automédicalisation, dont les autotests sont un bel exemple ? Un pas de plus en direction de l’obsession de la santé, alors que « la santé, c’est l’oubli de la santé ».

Rappelons le mot de Nietzsche : « L’homme dégénéré est celui qui ne sait pas distinguer ce qui lui fait du mal. » Il s’ensuit qu’au lieu de boire quand il a soif, il suit la consigne des huit verres d’eau par jour, ce qui ne l’empêche pas de se livrer à toutes sortes d’excès non indiqués pour lui, en misant à l’avance sur la médecine pour en atténuer les conséquences.

Comment cultiver l’aptitude à distinguer ce qui nous fait du mal ? C’est une réponse à cette question que cherchent ceux qui fondent la médecine sur le pouvoir guérisseur de la nature et sur le premier principe d’Hippocrate : d’abord ne pas nuire. Quelle doit être la part de l’autonomie et de l’hétéronomie, d’Hygée et de Panacée ? Voilà la question préalable à toute refondation.

Ce qui soulève d’autres questions profondes. La pression exercée en ce moment sur les soignants et le délestage qui s’ensuit est un problème immédiat, sensationnel, qui ne laisse personne indifférent. D’où le fait qu’il sert à justifier les diverses mesures sanitaires. Certaines de ces mesures, celles touchant les enfants en particulier, pourraient toutefois avoir à long terme sur le bien-être des gens des conséquences plus graves que celles de la pandémie. Aurons-nous le courage et la lucidité de faire entrer ces données abstraites et lointaines dans le débat sur la refondation ? Dix mille morts prématurées évitées avec le temps par de l’amitié, une bonne alimentation et des sports de plein air pèsent moins dans la balance médicale et politique qu’une seule guérison spectaculaire et immédiate. Notre gouvernement, si bien lancé dans la surmédicalisation par la pandémie, devrait non seulement faire marche arrière, mais changer de cap s’il veut vraiment refonder le système de santé.

Il aura aussi intérêt à faire alliance avec les philosophies, les spiritualités et les religions, et oser réfléchir, avec la population, sur une conception commune de la santé, sans quoi la nécessaire réconciliation avec la mort sera impossible et la santé, devenue durée et sécurité, s’éloignera davantage de la vie, ce mélange paradoxal d’instinct de conservation et de risques périlleux. Jules César, grand vivant s’il en fut, avait peur des orages au point de se coucher sous son lit de camp pour se protéger contre la foudre, mais le même homme s’est exposé vingt fois plutôt qu’une à une mort presque certaine. Shakespeare s’est reconnu en lui : « Cowards die many times before their death. » La vie, on en a la preuve scientifique, est aussi liberté. Un écureuil a-t-il squatté votre maison ? Attirez-le avec des arachides dans une cage, voyez-le se briser les dents contre les fils d’acier et regardez-le déguerpir quand vous ouvrez la cage dans la forêt voisine.

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