L’impact de la pandémie sur les enfants

«L’impact de la pandémie et ses effets pervers sur les enfants devraient être une préoccupation majeure des autorités et des soignants, au même titre que les autres défis à relever», fait valoir l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «L’impact de la pandémie et ses effets pervers sur les enfants devraient être une préoccupation majeure des autorités et des soignants, au même titre que les autres défis à relever», fait valoir l'auteur.

On est tous un peu perdus à l’heure actuelle, comme pris dans un étau, mal informés, inquiets à différents niveaux. Personne n’y échappe, pas même les décideurs. On se retrouve tous dans un bateau à risque de couler si on considère l’ensemble de l’œuvre avant, pendant et après la crise sanitaire.

Des problèmes et des menaces multiples nous frappent de plein fouet. Actuellement, la pandémie prime, avec, au premier plan, la peur de mourir et de perdre des proches pour les uns et la fragilité extrême des hôpitaux pour d’autres. On fait tous face à un sentiment d’impuissance soudain, d’où des stress majeurs pour plusieurs d’entre nous.

On tente de survivre face à un avenir incertain, et les conséquences sur notre moral et sur notre humanité sont colossales. On réagit de différentes façons à cette agression traumatisante sur notre vie normale (et confortable) : avec colère, docilité, résignation…

Certains cherchent des coupables à tout prix, alors qu’il n’en existe tout simplement pas. D’autres s’isolent et s’enferment dans leur bulle. Un certain nombre cherchent des sauveurs qui, eux non plus, n’existent pas. On peut dire qu’on évolue tous sur une corde raide pour le moment.

On assiste à une transformation « disruptive » de nos valeurs et de nos comportements. Pour ce qui est des valeurs, on se retrouve en manque de compassion, de bienveillance et d’entraide, avec des fractures et des ruptures sociales évidentes. En conséquence, nos comportements trahissent nos dysfonctionnements avec des colères inappropriées, des humeurs changeantes et des conduites excessives.

Une génération sacrifiée

La grande question qui résulte de ce constat et qui nous préoccupe gravement, en tant que cliniciens pour les enfants, c’est de savoir si on va sacrifier ainsi une génération d’enfants, témoins de toutes ces détresses et de ces manquements à l’ordre social.

On dit que les enfants sont résilients, et j’en suis personnellement convaincu ; mais cette résilience, ils la tiennent de leurs contacts sociaux motivants et rassurants avec des adultes forts et significatifs ainsi que de leur réseau social enveloppant et protecteur.

Ils sont forts si l’entourage est fort et soutenant, ils réussissent si on leur donne des chances égales et ils sont heureux s’ils ne sont pas envahis par la peur et la peine.

On a donc beaucoup à faire, collectivement.

L’impact de la pandémie et ses effets pervers sur les enfants devraient être une préoccupation majeure des autorités et des soignants, au même titre que les autres défis à relever. Leur avenir se joue aujourd’hui même, nous devons donc agir dès maintenant.

Vite, un retour à la normale pour tous, cette autre normalité qui pourrait s’avérer salvatrice pour les enfants si on la façonne avec des valeurs sûres, sans compromis.

À voir en vidéo