Pour des éducateurs en garderie

«Je soumets cette question en y ajoutant qu’à mon avis, l’absence d’hommes dans les garderies (ils formeraient à peine 4% du personnel actuellement, selon les données du Ministère) n’est pas une question de salaire», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Je soumets cette question en y ajoutant qu’à mon avis, l’absence d’hommes dans les garderies (ils formeraient à peine 4% du personnel actuellement, selon les données du Ministère) n’est pas une question de salaire», écrit l'auteur.

Une chose me frappe, ces temps-ci, lorsque je traverse un parc pour petits enfants : le nombre important d’hommes qui les accompagnent (le plus souvent leur père, peut-on supposer) si l’on y vient en fin de journée ou durant la fin de semaine, et l’absence pratiquement complète d’éducateurs lorsque l’on croise un groupe d’enfants de garderie durant une journée de semaine.

Le gouvernement annonçait récemment que des incitatifs financiers étaient dorénavant offerts afin de convaincre environ 20 000 nouvelles éducatrices d’intégrer le réseau des garderies durant les prochaines années. La question de trouver les moyens pour amener également un certain nombre de jeunes garçons à choisir ce métier s’est-elle posée ? Et même à y réorienter un certain nombre d’adultes masculins qui aimeraient s’occuper de jeunes enfants n’étant pas les leurs, et cela, à temps plein, pas seulement les fins de semaine ?

Ces dernières décennies, des mesures qui incitent les pères à passer plus de temps avec leurs jeunes enfants ont été mises en place. Cela est venu du fait que les parents réclamaient ce partage de temps, pour leur propre équilibre en tant qu’adultes, mais aussi parce qu’ils savaient très bien que leurs enfants profiteraient de cette présence accrue de « modèle masculin positif » dans leur quotidien. Comment se fait-il que cette logique n’arrive pas à prévaloir dans le réseau des garderies, là où ces mêmes enfants passent les deux tiers de leur temps ?

Je soumets cette question au milieu des garderies lui-même ainsi qu’au gouvernement, car il me semble que l’occasion est bonne de se la poser à ce moment-ci. Une première occasion de le faire a été ratée il y a de cela une vingtaine d’années, lorsque l’expansion du réseau des garderies a été effectuée. En voici une deuxième, qu’il vaudrait mieux ne pas rater, là encore au bénéfice de milliers de jeunes garçons qui sont à l’heure de faire leur choix de carrière, mais aussi au bénéfice de milliers d’enfants qui pourraient profiter de leur présence dans les garderies qu’ils fréquentent.

Je soumets cette question en y ajoutant qu’à mon avis, l’absence d’hommes dans les garderies (ils formeraient à peine 4 % du personnel actuellement, selon les données du Ministère) n’est pas une question de salaire. Cette mode actuelle de tout régler par des incitatifs financiers ne fonctionne pas dans les autres réseaux, elle ne fonctionnera pas plus ici. Pas plus qu’elle ne fonctionnerait pour amener davantage de femmes sur les chantiers de construction, d’ailleurs. De toute évidence, il y a d’autres facteurs passablement plus importants qui bloquent cette présence des hommes dans les garderies du Québec. Des facteurs qui ne nécessiteraient pas pour autant une commission publique pour les comprendre ! Une simple vérification des facteurs qui expliquent la présence actuellement plus élevée des hommes dans les garderies scandinaves et les raisons pour lesquelles les premières garderies populaires québécoises des années 1970-1980 arrivaient à faire mieux à ce chapitre que celles des années récentes devrait suffire.

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