Solidarité québécoise?

«Ces constats génèrent méfiance et impuissance du citoyen, qui voit bien que son gouvernement et ses institutions ne remplissent plus leur rôle de protection de ses intérêts», affirme l'autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

«Ces constats génèrent méfiance et impuissance du citoyen, qui voit bien que son gouvernement et ses institutions ne remplissent plus leur rôle de protection de ses intérêts», affirme l'autrice.

On a beaucoup loué la solidarité « exemplaire » des Québécois face à la crise sanitaire.

Ce n’est pas mon point de vue : il y a confusion entre solidarité et conformisme. Car qu’est-ce que la solidarité sociale sinon la reconnaissance et la protection des maillons faibles de notre société ? Ces maillons faibles que sont les pauvres, les marginaux, les éclopés, les réfugiés, les minorités qui vivent en vase clos, les sans-abri, les exclus, voire les artistes qui survivent avec des revenus équivalant à ceux de l’aide sociale…

Or, ce qui transparaît dans l’acharnement actuel contre les non-vaccinés (qui se retrouvent ici au Québec, majoritairement dans ces groupes), c’est justement ce manque de solidarité : on réclame des boucs émissaires, des mesures punitives contre ces « écervelés » qui nous mettraient en danger, alors que les véritables causes de notre situation précaire, accentuées par la pandémie, sont surtout parmi les suivantes : premièrement, le démantèlement de notre système de santé, année après année et ses réformes bidon, qui n’en sont pas, tout en veillant à protéger les acquis du sommet de la hiérarchie médicale ; deuxièmement, la croissance indécente des inégalités sociales. Par exemple, le salaire de certains médecins spécialistes est vingt fois plus élevé que celui d’un enseignant, sans parler des salaires des p.-d.g. de grandes entreprises, aussi autour de vingt fois plus que le salaire moyen de leurs cadres intermédiaires, et leurs primes annuelles, dont le montant suffirait à faire vivre une famille de quatre pendant dix ans…

Enfin, le manque de confiance grandissant envers nos gouvernements et envers nos institutions, de moins en moins transparents, paternalistes plutôt que démocratiques, manque de confiance alimenté par la toute-puissance des grandes entreprises, les big tech et les big pharma, qui décident de notre vie tandis que nos leaders se contentent de gouverner en réaction aux sondages, en répondant aux pressions de l’opinion publique qui les reportera ou non au pouvoir à l’élection suivante.

Ces constats génèrent méfiance et impuissance du citoyen, qui voit bien que son gouvernement et ses institutions ne remplissent plus leur rôle de protection de ses intérêts.

En ce moment, l’opinion publique n’est pas contente, elle est même écœurée, outrée, scandalisée par le comportement des non-vaccinés et autres ostrogoths. D’où cet étalage de mesures de plus en plus autoritaires, répressives et antidémocratiques que notre gouvernement s’empresse de mettre sur la table pour apaiser la grogne des bien-pensants, ces gens qui se disent « solidaires », alors que les mesures proposées (dont la dernière en date : faire payer les « maudits complotistes ») aggraveront les conditions de vie des personnes déjà marginalisées. Car les non-vaccinés se retrouvent largement parmi ces groupes dont nous sommes si peu solidaires. Cette solidarité s’applique-t-elle seulement aux bien nantis et ne vise-t-elle qu’à protéger leur confort et leur indifférence ?

Promouvoir la punition des non-vaccinés et la fracture sociale ne remédiera pas à l’engorgement des hôpitaux et au manque de personnel soignant. Il existe des solutions, déjà suggérées ailleurs (comme reconvertir des bâtiments non utilisés en centres de soins COVID, réaffecter une partie du personnel médical travaillant dans le privé vers le système public, etc.). Je ne prétends pas être une experte, mais je crois qu’on ne manque justement pas d’experts pour trouver des solutions créatives.

Par ailleurs, je crois que les mesures qui pénalisent une partie de la population, certaines étant temporairement nécessaires, doivent absolument avoir une date d’expiration, tandis que d’autres, non scientifiquement prouvées, comme le couvre-feu et ce précédent insensé de faire payer une contribution santé à une catégorie de citoyens (aujourd’hui les non-vaccinés, demain peut-être les fumeurs et les consommateurs de junk food, etc.), doivent être abolies !

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