Le délestage et les personnes atteintes de cancer

Actuellement, les diagnostics, les opérations et les traitements des personnes atteintes d’un cancer sont dangereusement, et peut-être même fatalement, reportés, déplorent les auteurs.
Photo: Armando Franca Associated Press Actuellement, les diagnostics, les opérations et les traitements des personnes atteintes d’un cancer sont dangereusement, et peut-être même fatalement, reportés, déplorent les auteurs.

Depuis quelques jours, le réseau de la santé québécois choisit de reporter des opérations « non urgentes » afin de soigner la vague imposante de patients atteints de la COVID-19.

Vous avez bien lu : le délestage actuel est un choix. L’idée que c’est une simple procédure et que le réseau de la santé ne peut faire autrement est inexacte.

Avant d’aller plus loin, mentionnons que nous ne mettons aucunement en doute la bonne foi et les efforts du personnel soignant, des professionnels et des décideurs. Ils travaillent tous dans un contexte extrêmement difficile. Les travailleurs de terrain doivent se concentrer sur les soins et les administrateurs doivent prendre des décisions pour lesquelles il n’y a souvent pas de bonnes réponses.

Néanmoins, la réflexion s’impose. Le dépassement de la capacité de soins de notre système soulève d’importantes questions éthiques. « Qui doit-on soigner en premier ? » Le délestage actuel est la réponse de notre système à cette question.

Cependant, la question devrait plutôt être : « Qui choisit-on de soigner d’abord ? » Alors, la réponse devient un choix. Le choix est social, systémique.

Et ce choix se fait dans son contexte. Selon la Santé publique, 50 % des lits en soins intensifs sont occupés par des personnes non vaccinées.

Actuellement, les diagnostics, les opérations et les traitements des personnes atteintes d’un cancer sont dangereusement, et peut-être même fatalement, reportés.

Vous êtes frustrés de devoir vous conformer à un passeport vaccinal, au couvre-feu ou de vous priver d’un souper entre amis ? Imaginez la frustration et l’angoisse que le délestage génère chez les personnes atteintes d’un cancer.

Les personnes affectées par le cancer, des battantes et battants exceptionnels, souhaitent aujourd’hui être entendues. À moyen terme, le délestage n’est plus une option pour nous. L’approche doit être renversée, puis expliquée avec transparence et diligence. Les personnes touchées par le cancer, ayant suivi scrupuleusement les directives de la Santé publique, doivent être diagnostiquées, opérées et traitées en priorité, et ce, dans les meilleurs délais.

Notre intervention est certes empreinte d’émotivité, mais nous insistons. Où est la justice dans le fait de reporter des traitements pour le cancer afin de prioriser des patients qui n’ont pas respecté leur part du contrat social ? Objectivement, la question doit minimalement être abordée par les autorités.

Les équipes médicales sont exténuées. Les personnes atteintes d’un cancer ou d’autres maladies graves sont inquiètes pour leur vie. Mais elles ne devraient pas avoir à porter le lourd fardeau de l’impuissance de notre système de santé, pas un seul instant.

Nous sommes à l’heure fatidique où les décisions doivent être cohérentes et visionnaires. À long terme, nous plaidons pour une approche qui fasse primer l’intérêt de la santé publique et de la justice sociale. Il faut rehausser une bonne fois pour toutes la capacité de notre réseau public. Nous devons adopter une approche proactive, plutôt que l’approche réactive actuelle, pour bâtir un système de santé résilient capable de faire face aux prochaines tempêtes. L’état d’urgence sanitaire doit servir à cela, avant toute chose.

Et puisque nous parlons de vision, nous exigeons le dévoilement du « plan » pour contrer les conséquences du délestage. Un retour éventuel de la pandémie sur le système de santé québécois doit être envisagé. Il est intolérable que les retards dans les soins s’accumulent encore. Nous attendons ce plan depuis l’annonce du ministre en juin 2021.

À plus court terme, toutefois, nous souhaitons appeler les gens qui hésitent toujours à se faire vacciner à le faire dès que possible. Pas pour le gouvernement, mais pour nous, les gens qui doivent combattre des maladies graves, pour nous assurer d’avoir le réseau de la santé à notre entière disposition. C’est un petit geste qui pourrait faire pencher la balance en faveur de notre lutte. Merci de votre solidarité, et merci à ceux qui répondront à l’appel.

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