La fermeture de la page Facebook «Sortons les radios-poubelles»

«Sortons les radios-poubelles» doit fermer sa page Facebook parce que RNC Média, propriétaire de CHOI-Radio X, menace d’entamer des procédures pour obliger la coalition à dévoiler le nom de ses administrateurs, dénoncent les signataires.
Photo: Francis Vachon Le Devoir «Sortons les radios-poubelles» doit fermer sa page Facebook parce que RNC Média, propriétaire de CHOI-Radio X, menace d’entamer des procédures pour obliger la coalition à dévoiler le nom de ses administrateurs, dénoncent les signataires.

La coalition « Sortons les radios-poubelles », que des milliers de personnes suivent sur les réseaux sociaux, dénonce depuis dix ans l’intimidation et les propos mensongers qui ont cours sur les ondes de Radio X.

Elle doit maintenant fermer sa page Facebook parce que RNC Media, propriétaire de CHOI Radio X, menace d’entamer des procédures pour obliger la coalition à dévoiler le nom de ses administrateurs. Ceux-ci s’y opposent pour des raisons évidentes : ils ne veulent pas devenir la cible des attaques des animateurs de CHOI Radio X. Il y a quelques années, le cas de Jean-François Jacob, internaute critique de la station qui, à la suite des pressions de cette dernière, avait non seulement perdu son emploi, mais aussi vu l’une de ses vitres fracassée par des boules de billard, suffit à le faire comprendre. Quand on prend sur soi de critiquer publiquement des bullies et de dénoncer leur liberté d’oppression, certaines précautions sont nécessaires.

Depuis la création du collectif, en 2012, la coalition « Sortons les radios-poubelles » avait pris l’habitude de diffuser sur ses réseaux des extraits des émissions de radio qu’elle jugeait nocifs. Ces contenus étaient régulièrement relayés par de nombreux citoyens dans l’univers des médias et des réseaux sociaux. Or RNC Media, n’acceptant aucune critique, y est allée de menaces judiciaires et d’intimidation pour faire cesser l’utilisation d’extraits audio. Même si la réutilisation d’extraits dans le but d’en faire la critique est clairement autorisée en vertu de la Loi canadienne sur le droit d’auteur, la coalition a choisi de s’en tenir désormais à des versions texte des propos des animateurs. Tout le monde n’a pas les moyens et l’énergie nécessaires pour se défendre efficacement dans de longues et coûteuses poursuites. RNC Media, oui.

Mais cela n’a pas satisfait RNC Media. Les propriétaires de Radio X ont décidé de continuer d’intimider et de bâillonner les membres de cette coalition, qui n’ont eu, récemment, d’autre choix que de fermer leur page Facebook. C’est une énorme perte pour la liberté de critiquer de tels contenus. Déjà, au printemps dernier, YouTube avait pris la décision de fermer leur compte après avoir subi des pressions des mêmes propriétaires, qui considéraient à tort qu’on portait atteinte à leurs droits d’auteur en reprenant des extraits de contenus problématiques. Cela crée un énorme vide pour l’esprit critique, ainsi que pour la défense des individus et groupes qui sont intimidés, diffamés ou harcelés sur les ondes de cette radio.

Nous nous opposons à cette tentative de bâillonner et de refuser toute espèce de critique, qui porte atteinte de façon frontale à la liberté d’expression. L’argent et le bullying judiciaire ne devraient pas dicter qui, dans notre société, a le droit de s’exprimer et qui doit se la fermer. Qui peut être critiqué, et qui ne peut pas l’être. Dans une démocratie, la liberté d’expression doit être plus forte que la liberté d’oppression. Sans cela, nous sommes foutus.

*Signataires :

 

Dominique Payette, professeure au Département d’information et de communication, Université Laval

Jean-Hugues Roy, professeur, École des médias, UQAM

 

Martine Delvaux, professeure de littérature, Université du Québec à Montréal

 

Michel Seymour, professeur de philosophie retraité de l’Université de Montréal

 

Jonathan Durand Folco, professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université St-Paul

 

Dany Rondeau, professeure de philosophie, Université du Québec à Rimouski

 

Catherine Dorion, députée de Taschereau

 

Maxime Pedneaud-Jobin, ancien maire de Gatineau

 

Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La Petite-Patrie

 

Maïtée Labrecque-Saganash, chroniqueuse

 

Safia Nolin, autrice-compositrice-interprète

 

Fabrice Vil, avocat, entrepreneur social et chroniqueur

 

Léa Clermont Dion, autrice

 

Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec

 

Ismael Seck, enseignant en adaptation scolaire

 

Sébastien Bouchard, citoyen engagé pour des médias sains

Pénélope Daignault, professeure en communication publique, Université Laval

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