Un système de santé prisonnier de ses dogmes

«Pour des raisons étranges, le système de santé canadien est une source de fierté pour de nombreux citoyens. Il semble malgré tout prisonnier de ses dogmes, qui l’empêchent de poser un regard franc sur la situation et de respecter certaines normes minimales d’efficacité», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Pour des raisons étranges, le système de santé canadien est une source de fierté pour de nombreux citoyens. Il semble malgré tout prisonnier de ses dogmes, qui l’empêchent de poser un regard franc sur la situation et de respecter certaines normes minimales d’efficacité», écrit l'auteur.

En temps normal, notre système de santé vit déjà en permanence au bord du gouffre, à la merci de la moindre épidémie de grippe ou période de vacances estivale. Il n’est donc pas étonnant de le voir s’effondrer complètement face au tsunami créé par le coronavirus causant la COVID-19.

Le Paxlovid est un nouvel antiviral susceptible de réduire les hospitalisations post-COVID-19. Son arrivée prochaine au Canada (ce médicament est déjà disponible aux États-Unis) constitue un cas de figure intéressant : notre système de santé serait-il en mesure de profiter de l’arrivée de ce nouvel outil thérapeutique ?

Pour être efficace, le Paxlovid doit être administré dès l’apparition des premiers symptômes. Pour en profiter, il faut donc pouvoir rapidement recevoir un diagnostic et obtenir une prescription. Cette simple mécanique démontre les failles de notre système. Notre système de dépistage par tests PCR a été submergé par la vague, et les tests rapides, après avoir dormi dans des entrepôts pendant des mois, ont de toute façon été commandés en nombre insuffisant. Et même avec un diagnostic en main, comment imaginer obtenir une ordonnance rapidement si le temps d’accès à un omnipraticien avoisine typiquement les deux semaines ?

En supposant qu’on puisse résoudre les problèmes de diagnostic (le gouvernement fédéral s’est réveillé tardivement en promettant la distribution prochaine de millions de tests), on pourrait imaginer un système permettant à des pharmaciens (ou à autres professionnels de la santé) de distribuer le médicament aux détenteurs d’un diagnostic positif. L’exemple récent de la naloxone a déjà démontré qu’il est possible d’élargir les modalités de distribution d’un médicament. Cependant, il est plus facile d’imaginer que des mois de discussions laborieuses seraient nécessaires pour accorder une exemption similaire au Paxlovid, ce qui va à l’encontre de la nécessité d’une réponse rapide et énergique.

Même s’il est possible que le Paxlovid s’avère malgré tout utile s’il est administré uniquement aux patients déjà hospitalisés, les scénarios ci-dessus démontrent à quel point notre capacité de soins repose essentiellement sur le système hospitalier. Cependant, ce dernier est déjà extrêmement fragile : le nombre de lits hospitaliers par tranche de population est déjà deux fois plus faible qu’en France, et trois fois plus faible qu’en Allemagne. Nous dépendons donc d’une capacité hospitalière qui, en plus de ses insuffisances intrinsèques, se retrouve surtaxée par une organisation déficiente des services de première ligne. Faut-il donc investir plus dans les systèmes de santé ? Le Canada se caractérise cependant déjà par un système qui coûte plus cher que celui de la plupart des autres pays industrialisés.

Pour des raisons étranges, le système de santé canadien est une source de fierté pour de nombreux citoyens. Il semble malgré tout prisonnier de ses dogmes, qui l’empêchent de poser un regard franc sur la situation et de respecter certaines normes minimales d’efficacité. Une fois passé le tsunami de la COVID-19, cette pandémie devrait à tout le moins servir de prétexte à des changements radicaux dans nos manières de faire. Il est plus probable cependant que notre système centralisé, rigide, bureaucratique et vieillissant continuera de ronronner de la même manière. Qui pourra tirer la sonnette d’alarme et empêcher la perpétuation d’un système destiné à échouer ?

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