Sacrifices et joie de vivre

«Comment est-il possible, en 2022, après la COP26, alors que plus personne ne peut ignorer la réalité de la crise climatique, d’encourager la pratique des loisirs motorisés, activité qui, à part le fait d’enrichir quelques-uns, ne présente globalement que des désavantages?» se demande l'autrice.
Photo: Fred Thornhill La Presse canadienne «Comment est-il possible, en 2022, après la COP26, alors que plus personne ne peut ignorer la réalité de la crise climatique, d’encourager la pratique des loisirs motorisés, activité qui, à part le fait d’enrichir quelques-uns, ne présente globalement que des désavantages?» se demande l'autrice.

La neige est de retour ! C’est le bonheur ; je sors mes raquettes et je me promène dans la blancheur, la paix et la beauté du monde.

Hélas, mon euphorie ne dure pas longtemps : sur mon petit rang de campagne passent un gros quad, puis une motoneige. Comment est-ce possible ?

C’est que ma municipalité, comme d’autres au Québec, a adopté dans la plus grande discrétion un règlement autorisant les véhicules hors route (VHR) à circuler sur tous les chemins municipaux.

Et ce règlement ne concerne pas seulement les résidents et les agriculteurs, qui ont besoin de ces véhicules pour se déplacer sur leurs terres, mais n’importe qui.

Comment est-il possible, en 2022, après la COP26, alors que plus personne ne peut ignorer la réalité de la crise climatique, d’encourager la pratique des loisirs motorisés, activité qui, à part le fait d’enrichir quelques-uns, ne présente globalement que des désavantages (danger, bruit, pollution, émissions de gaz à effet de serre — et activité physique nulle) ?

« Mais c’est tellement le fun ! Le bruit, la vitesse, comme quand on avait 12 ans ! »

Le problème, justement, c’est qu’on n’a plus 12 ans. Et ce sont les enfants qui ont aujourd’hui 12 ans qui vont subir d’ici quelques années les conséquences de notre irresponsabilité et de notre égoïsme à tous.

« Ben là ! On ne peut même plus voyager à cause de la COVID ! Pourquoi veut-on nous priver d’un des seuls plaisirs qui nous restent ? »

Pourquoi ? Parce que le temps de l’insouciance est passé. La pandémie est liée à la crise climatique et à la destruction des écosystèmes. Nous en sommes tous responsables. Nous avons tous trop voyagé, trop consommé, trop pollué, et il est temps de prendre nos responsabilités.

« Quoi ? Encore des sacrifices ? » Hélas, oui ! Au Québec, même si nous sommes fiers de notre électricité propre, nous sommes parmi les plus gros émetteurs de GES. Nous polluons deux fois plus que les Européens.

Donc, oui, des sacrifices. Des sacrifices réfléchis, acceptés par solidarité envers les générations futures et les habitants des autres pays déjà touchés par les catastrophes climatiques.

Des sacrifices, nous en faisons tous les jours depuis le début de la pandémie. Des sacrifices imposés par les circonstances, que nos gouvernants essaient tant bien que mal de moduler pour que la situation sanitaire demeure gérable.

 

Alors, on fait quoi ? On s’interroge, on se renseigne, on essaie de réduire l’empreinte carbone de nos activités, on réfléchit à nos besoins réels, et surtout, on se demande ce qui est vraiment important pour nous.

En ce qui me concerne, j’ai vu passer assez d’hivers pour savoir ce qui est vraiment important pour moi : je vais faire de la raquette avec mes petits-enfants, leur faire connaître et aimer toujours plus la beauté de notre Québec et partager leur joie de vivre. Et je vais aller demander à ma municipalité d’annuler son stupide règlement sur les VHR !

À voir en vidéo