Les consommateurs de liberté

« Nous, dans nos pays riches, en 2021 face au COVID nous devons simplement diminuer nos plaisirs. Un bien maigre sacrifice. Même ce mot sacrifice est d’ailleurs bien trop fort », écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse candienne « Nous, dans nos pays riches, en 2021 face au COVID nous devons simplement diminuer nos plaisirs. Un bien maigre sacrifice. Même ce mot sacrifice est d’ailleurs bien trop fort », écrit l'autrice.

« C’est la guerre contre le virus », nous disent nos politiciens.

En 1939, le Canada a déclaré la guerre contre l’Allemagne. Combien de personnes ont vu partir leur mari, leur frère, leur père, leurs amis ? Combien ont souffert des restrictions alimentaires ou du manque de tout ? Combien ont dû passer des mois et des mois transis de froid pour défendre la liberté de gens qu’ils ne connaissaient pas ? Combien ont reçu des lettres leur annonçant que leurs proches ne reviendraient jamais, car ils se sont battus contre l’innommable et l’abominable ?

Ça, c’est la guerre. La terreur de recevoir une bombe sur la tête, la peur et la frayeur permanentes, la faim qui tient au corps.

Nous, dans nos pays riches, en 2021 face à la COVID, nous devons simplement diminuer nos plaisirs. Un bien maigre sacrifice. Même ce mot sacrifice est bien trop fort.

Pour une minorité, oui, il y a la peur et la fatigue. Je lève mon chapeau à ces soldats qui luttent contre la maladie, les infirmiers et les infirmières, les médecins, les ambulanciers, les gens qui se mobilisent pour nous vacciner, et celles et ceux que j’oublie. Pour une autre minorité, il y a aussi la peur de perdre son travail, de devoir choisir entre payer son loyer, la nourriture ou le chauffage. Il y a aussi ceux et celles qui devront laisser leur proche mourir seul parce que nous devons limiter les contacts.

Et il y a celles et ceux pour qui la « guerre contre la COVID » signifie ne plus aller au gym, sacrifier son voyage dans le Sud ou les sorties au bar. La COVID ne connaît pas la fatigue, nous dit-on, mais ses collabos non plus : c’est la course à celle ou celui qui sera le plus imaginatif pour poursuivre ses petits loisirs en puisant dans le pot commun de la solidarité. Ce pot qui fait que nous avons une société, que nous sommes une société. Nous en connaissons tous, des gens qui placent leur petit bonheur personnel avant le bien de la collectivité. Ces gens qui peuvent se payer le luxe de faire un party parce que tous les autres s’abstiennent de le faire. Ou celles et ceux qui refusent de se faire vacciner parce qu’une large majorité se vaccine et les protège, eux, ces égoïstes individualistes. Leur liberté passe avant celle des autres, avant la santé des autres. Leur liberté est garantie parce que tous les autres le leur permettent sans qu’ils en aient égard ou même conscience. Ils sont futés : eux, ils profitent. Tout le monde devrait faire pareil, non ? Manger la laine sur le dos de l’autre, le tout c’est de ne pas être le dernier.

Alors non, monsieur le premier ministre Legault, nous ne sommes pas en guerre contre la COVID, en tout cas pas seulement. Nous sommes en guerre contre l’individualisme, contre le « je, me, moi ». La liberté des uns ne s’arrête plus là où commence celle des autres. La liberté des uns consomme celle des autres.

Une chance que ces consommateurs de liberté ne sont pas légion.

 

À tous les autres, continuons de résister et de faire ce qui est difficile : faire la bonne chose.

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