Le luxe du télétravail

«Pour bon nombre de petits travailleurs qui survivent sous le seuil de la pauvreté, non, il n’y a pas de
Photo: Jamie McCarthy/Getty Images/AFP «Pour bon nombre de petits travailleurs qui survivent sous le seuil de la pauvreté, non, il n’y a pas de "bonus" de fin d’année, aucune "prime de départ" (laissez-moi rire), aucun "package deal" de grosse entreprise», écrit l'autrice.

« Dans ce pays riche, on peut donc travailler et rester pauvre », écrivait le journaliste Stéphane Baillargeon, dans son article « Un salaire de crève-la-faim », paru dans ce journal le 18 décembre dernier. Eh oui. Bienvenue dans notre dure réalité.

Dans ce quasi-pays, on peut effectivement être instruit, travailler fort, être pas trop pire intelligent (enfin, suffisamment), avoir toutes ses dents, et vivre néanmoins dans la précarité et la pauvreté, quoi qu’en disent les bobos et les gens branchés et bien intentionnés de cette société.

La pandémie a mis en lumière un nombre impressionnant de petits travailleurs, autonomes comme salariés, essentiels au roulement de notre économie, comme au bien-être de notre nation, qui peinent pourtant à joindre les deux bouts, à manger eux aussi à leur faim, et ce, toute l’année — pas juste en décembre, lorsque les cloches de la générosité ont sonné.

Les disparités augmentent, de même que les inégalités, sans oublier le coût du loyer, des services essentiels, de la nourriture, de tous les aliments. Ça, c’est vrai pour tout le monde.

Mais pendant que plusieurs (pas tous), mais plusieurs employés grassement payés se plaignent qu’ils doivent « continuer à faire du télétravail », d’autres, eux, depuis le début de cette pandémie, courent à gauche pis à droite, souvent dans des conditions exécrables, l’estomac vide, pour les servir dans le confort de leur maison : services essentiels, livraisons d’épicerie, de fins mets préparés, d’achats divers, voire compulsifs, faits en ligne, ainsi que, disons-le franchement, beaucoup, beaucoup de vin, d’alcool et de marijuana… (Non, on ne nommera personne.)

À mes yeux de femme pauvre, survivant péniblement dans un 2 ¼ d’Hochelag’, assise dans un autre bus sale de la Société de transport de Montréal, laissez-moi vous dire que la vita semble pas mal bella chez plusieurs de ces télétravailleurs.

Quoi ? Vous faites du télétravail et avez droit à des vacances et à des fériés payés ? Wow.

Vous avez les moyens de voyager, de louer un chalet cette année ? Alléluia.

Pour bon nombre de petits travailleurs qui survivent sous le seuil de la pauvreté, non, il n’y a pas de « bonus » de fin d’année, aucune « prime de départ » (laissez-moi rire), aucun package deal de grosse entreprise. On n’a même pas d’avantages sociaux, de vacances payées, d’assurances (maladie, soins dentaires, etc.), ni véritables conditions de travail, ni réel pouvoir de négociation (on est pas mal remplaçables, mettons), ni revenu assuré. Rien, je vous dis.

En revanche, célébrons tous ensemble cette période des Fêtes, chers amis, puisqu’on m’a récemment offert un précieux cadeau de Noël : une (très) onéreuse chandelle de soja au thé vert Namaste.

Ça se mange-tu, de la cire de chandelle de soja au thé vert ? J’ai faim. Faim de nourriture, de meilleures conditions de vie — y en a marre de la survie —, faim d’équité et de véritable justice sociale. Ça inclut donc, à mes yeux d’affamée, la justice socioéconomique qui passe indiscutablement par une meilleure répartition de la richesse. […]

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