Fermeture des urgences et taux de mortalité

«Le décès survenu dans la nuit du 30 novembre dernier, quand les urgences de Senneterre étaient fermées, soulève plusieurs questions ; ce décès mérite de faire l’objet d’un débat, voire d’une enquête», questionne l'auteur. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Le décès survenu dans la nuit du 30 novembre dernier, quand les urgences de Senneterre étaient fermées, soulève plusieurs questions ; ce décès mérite de faire l’objet d’un débat, voire d’une enquête», questionne l'auteur. 

Au cours des deux dernières années, plus d’une dizaine d’urgences ont été partiellement ou complètement fermées au Québec. Parmi celles-ci, on compte Cloutier-du Rivage, Fortierville, Gatineau, Baie-Saint-Paul, Mont-Joli, Coaticook, Les Escoumins, Suroît, Point Cartier, Senneterre et Lachine.

Le décès survenu dans la nuit du 30 novembre dernier, quand les urgences de Senneterre étaient fermées, soulève plusieurs questions ; ce décès mérite de faire l’objet d’un débat, voire d’une enquête. La principale question qui se pose est celle-ci : la fermeture des urgences peut-elle avoir un effet négatif sur la santé des patients, voire entraîner une hausse du taux de mortalité ?

Aux États-Unis, plusieurs études et articles scientifiques se sont penchés sur cette question. Voici quelques exemples. Une étude publiée en 2014 dans le Journal of Health Affairs constate une hausse du taux de mortalité de 5 % chez les patients californiens touchés par la fermeture des urgences dans leur communauté après avoir été admis dans un hôpital voisin. Cette hausse du taux de mortalité était encore plus élevée pour les urgences médicales pour lesquelles le facteur temps joue un rôle important telles que les crises cardiaques (15 %), les accidents vasculaires cérébraux (10 %) et les infections causant une septicémie (8 %).

En outre, les auteurs ont conclu que la fermeture d’urgences pouvait entraîner une hausse du taux de mortalité des patients dans les communautés comptant un plus grand nombre de personnes issues de minorités visibles ou à faible revenu. Les auteurs ont recommandé « de minimiser les fermetures de salles d’urgence dans les quartiers vulnérables… et de prévenir les fermetures de salles d’urgence qui sont susceptibles d’augmenter considérablement la mortalité des patients ».

Une étude publiée en 2007 dans une revue du National Institutes of Health démontre qu’au Mississippi plus de 50 % de la population faisant appel aux urgences vivaient à moins de cinq milles des urgences. Ces personnes avaient tendance à être défavorisées, sans emploi, des femmes et des personnes âgées.

Une étude publiée en 2016 dans l’American Heart Journal démontre que, lorsque les patients devaient conduire au moins 10 minutes de plus pour se rendre à la salle d’urgence disponible la plus proche, le taux de mortalité était plus élevé.

Pour conclure : la fermeture des salles d’urgence entraîne des déplacements plus longs et des temps d’attente pour le traitement. Cela signifie qu’un patient pourrait être plus malade au moment où il est admis à l’hôpital. Certains pourraient même renoncer à se déplacer. Les personnes âgées, les femmes et les personnes défavorisées socioéconomiquement sont les plus à risque.

Peu importe l’âge, leur statut socioéconomique, leur sexe ou leur langue, tous les Québécois méritent de recevoir les meilleurs soins. La fermeture d’urgences pourrait mettre la vie de certains patients en danger et entraîner une hausse du taux de mortalité.

Vu les informations présentées ici, il est à mon avis impératif de cesser la fermeture d’urgences et de rouvrir celles qui ont été fermées.

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