Se réapproprier le patrimoine bâti

«Ma position sur la Maison Chevalier ne pourrait être plus claire. Ce joyau aurait dû rester dans le giron public», écrit Catherine Dorion.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Ma position sur la Maison Chevalier ne pourrait être plus claire. Ce joyau aurait dû rester dans le giron public», écrit Catherine Dorion.

Lettre en réponse au texte d’opinion de Martin Pâquet, « Les principes du bien commun », publié le 7 décembre.

Ma position sur la Maison Chevalier ne pourrait être plus claire. Ce joyau aurait dû rester dans le giron public.

Si elle ne l’est plus, c’est à cause des libéraux et des caquistes. Ne cherchez pas plus loin.

Ce sont les coupes libérales qui ont obligé le Musée à fermer la Maison au public et à la mettre en vente, pour ensuite accepter, après des années de tentatives infructueuses de vendre au public, l’offre d’un acheteur privé. Et tout ça a été adoubé par la CAQ.

Voilà pour mon positionnement politique. Mais je ne suis pas simplement porte-parole de Québec solidaire en culture. Je suis aussi députée de Taschereau, où se trouve la Maison Chevalier. Je travaille avec les gens sur le terrain, et les organismes de ma circonscription doivent vivre avec le réel, aussi enlaidi soit-il par les gouvernements néolibéraux qui se succèdent depuis un quart de siècle. Ça ne change pas ma position sur la Maison Chevalier, elle aurait dû rester dans le giron public. Je peux le réitérer jusqu’à plus soif.

Seule petite consolation, les voûtes de la maison demeureront ouvertes au public et 40 travailleurs non touristiques s’ajouteront à la vie quotidienne du Vieux-Québec. Pour un quartier qui se vide de son monde et de ses commerces de proximité, ça sera au moins ça. Comment le Vieux-Québec pourra-t-il demeurer un bien commun si on continue de l’abandonner à cet avenir de carte postale figée pour touristes de passage ? Le gouvernement n’est pas au rendez-vous pour conserver nos joyaux, il n’est pas davantage au rendez-vous pour les faire vivre : plusieurs des bâtiments qu’il possède, notamment dans le Vieux-Québec, sont laissés vacants depuis de nombreuses années. C’est tout un quartier qu’on perd. Tout un pan de pays.

Ces bâtiments qui ont, au fil de notre histoire, accueilli des gens de prière, des étudiants et des enseignantes, des magasineux, des malades et des soignantes, bref qui ont été bâtis pour accueillir la vie, ne doivent pas devenir les illustres personnages d’un musée de cire. Notre patrimoine doit vivre et continuer d’accueillir la communauté.

Pour ça, l’État doit s’impliquer beaucoup plus et mieux. Quant aux acteurs non étatiques, leur implication doit être accompagnée et encadrée beaucoup plus solidement qu’elle ne l’est à l’heure actuelle.

Québec solidaire a multiplié les idées, comme celle de SEPAQ-patrimoine : que l’État réchappe de la démolition sauvage plusieurs immeubles menacés afin de les transformer en gîtes touristiques. Mais ça prend aussi des idées fortes en dehors du monde du tourisme pour que notre patrimoine vivant puisse, lui aussi, se transmettre au sein des communautés. Nous avons proposé la création d’une commission permanente du patrimoine, qui ferait assurément mieux que la vision à court terme des ministres et qui permettrait entre autres de penser tout cela.

Mais la CAQ, tout comme les libéraux avant elle, n’a d’intérêt pour rien de tout ça. L’une des solutions à notre problème, c’est de mettre d’autres gens au pouvoir. J’y travaille personnellement assez fort.

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