Le rôle de l’UE face au régime de Loukachenko

«L’UE a annoncé 700 000€ d’aide humanitaire pour les personnes vulnérables bloquées à la frontière, dont 200 000€ d’aide d’urgence via la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge», écrit l'autrice.
Photo: Oksana Manchuk / Belta via Agence France-Presse «L’UE a annoncé 700 000€ d’aide humanitaire pour les personnes vulnérables bloquées à la frontière, dont 200 000€ d’aide d’urgence via la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge», écrit l'autrice.

À la suite de l’article d’opinion De l’utilité des frontières par Christian Rioux, publié le 19 novembre, nous nous voyons obligés de répondre. Nous partageons l’avis de l’auteur qui estime que la crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie « consiste à déstabiliser les pays européens pour se venger des sanctions prises contre la Biélorussie ». Toutefois, affirmer que l’UE a abandonné ses États membres est à la fois inexact et biaisé.

Dès le début de l’opération hybride menée par Loukachenko à la frontière de l’UE l’été dernier, l’Union européenne a offert son aide à la Lituanie et à la Pologne à travers les agences européennes Frontex et le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), afin d’assurer la protection des frontières et les procédures d’asile. Les dirigeants de l’UE ont publiquement offert leur appui personnel aux pays concernés. Par exemple, au début du mois, le président du Conseil européen, Charles Michel, s’est rendu à Varsovie en signe de solidarité et de soutien. En fait, dès le début, l’UE a joué un rôle clé pour mettre un terme aux agissements du régime de Loukachenko, un fait malheureusement omis par l’auteur. Grâce aux efforts diplomatiques de l’UE au plus haut niveau, y compris l’engagement avec les pays d’origine et de transit, plusieurs vols à destination de Minsk ont été interrompus, et des personnes bloquées ont été rapatriées. Et grâce aux sanctions annoncées contre le régime, l’UE a encore élargi sa réponse pour cibler aussi ceux qui participent à la traite des personnes. Même plus, l’UE a annoncé 700 000 € d’aide humanitaire pour les personnes vulnérables bloquées à la frontière, dont 200 000 € d’aide d’urgence via la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Nous tenons Le Devoir en haute estime. Lire des informations aussi incorrectes dans votre publication nous a beaucoup surpris.

Réponse du chroniqueur

Que l’Union européenne ait pris des mesures de dernière minute afin d’aider la Pologne, personne ne le nie. C’était d’ailleurs la moindre des choses alors que Varsovie, elle, a mobilisé 25 000 hommes et des ressources gigantesques. En réalité, ici, c’est la Pologne qu’il faut remercier d’avoir repoussé une invasion qui se dirigeait vers l’Allemagne. Nombre d’analystes n’ont pas attendu cet affrontement pour qualifier Frontex de cataplasme sur une jambe de bois. Mardi soir, même l’ancien commissaire européen Michel Barnier a soutenu qu’avec à peine 10 000 gardes-frontières, cette agence faisait des frontières de l’UE une passoire. À cheval entre la protection des frontières et le sauvetage humanitaire, elle participe ainsi à un vaste détournement du droit d’asile. N’oublions pas qu’en cédant depuis 2015 au chantage de l’autocrate turc, Recep Tayyip Erdogan, c’est Bruxelles qui a préparé le terrain à Loukachenko. Cela, aucune des mesures temporaires et ponctuelles que vous mentionnez ne peut l’effacer.

Christian Rioux

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