Déverrouiller l’accès aux services de santé dans le réseau public

«Lorsqu’on parle du bon soin au bon moment, cela équivaut à dire consulter la bonne personne au bon endroit, sans obligatoirement voir le ou la médecin au préalable», écrivent les auteurs.
Photo: Katarzyna Bialasiewicz iStock «Lorsqu’on parle du bon soin au bon moment, cela équivaut à dire consulter la bonne personne au bon endroit, sans obligatoirement voir le ou la médecin au préalable», écrivent les auteurs.

Le mois dernier, en entrevue sur les ondes de Radio-Canada, l’animatrice Annie Desrochers posait cette question à la présidente des Médecins québécois pour un régime public (MQRP) : « Qu’est-ce qu’on veut au fond : l’accès à un médecin ou l’accès à des soins ? » Une interrogation qui expose l’importance de bien cerner l’enjeu principal avant de vouloir répondre à des engagements électoraux.

Les problèmes systémiques du réseau de la santé sont la source de défis difficiles à relever par quiconque souhaite réformer la machine complexe, et ce, peu importe son allégeance politique. Puisque les liens de cause à effet ne sont souvent pas immédiatement apparents, il devient donc indispensable de s’appuyer sur des perspectives diverses pour offrir des solutions durables.

Est-ce que chaque Québécois et Québécoise a vraiment besoin d’un ou une médecin de famille ? Cette solution propose-t-elle un accès efficient et équitable aux soins de la santé ? Dans une société où les démographes projettent des pyramides toujours plus vieillissantes, peut-on espérer que ce ratio comptable puisse tenir la route dans les prochaines décennies ? Plusieurs experts pensent que non, et comme titrait le journaliste Philippe Mercure dans La Presse, le temps est venu d’affranchir les médecins de leur rôle de portier du réseau.

Lorsqu’on parle du bon soin au bon moment, cela équivaut à dire consulter la bonne personne au bon endroit, sans obligatoirement voir le ou la médecin au préalable. Cette prémisse implique d’explorer toutes les possibilités dans la structure des services déjà existante. Les besoins ont changé, et parallèlement, les professions de la santé ont vécu de grandes transformations, avec des formations plus approfondies sur le plan clinique et scientifique, leur octroyant les outils nécessaires pour jouer un meilleur rôle dans le système.

Les projets pilotes rapportant les avantages de la prise de rendez-vous en première ligne avec des équipes interprofessionnelles ont déjà fait leurs preuves dans des groupes de médecine de famille (GMF) à travers le Québec. Le temps est maintenant venu d’utiliser judicieusement le nombre de visites avec les médecins en démocratisant l’accès adapté, comme le proposent les MQRP. De notre point de vue, cette optimisation de tous les acteurs et actrices dans les GMF doit se faire par le partage des tâches et certains droits réservés, comme la prescription d’arrêt de travail à court terme ou encore de certains examens.

À travers son histoire, la médecine fut tributaire des conceptions de son temps reflétant une perception du monde propre à chaque époque. Face aux difficultés que nous vivons, la question à laquelle nous devons répondre collectivement est : quelle est notre vision de la santé au XXIe siècle ? Repose-t-elle uniquement sur les épaules des médecins ? En énonçant le problème de la sorte, nous pourrons redéfinir la fonction sociale que doit jouer l’expertise de tous les professionnels et professionnelles du réseau actuel. Il s’agit là, selon nous, de l’une des clés pour déverrouiller l’accès aux services de santé dans le réseau public.

* Texte rédigé également par Axel Sessler, physiothérapeute en GMF/GMFU ; Marie-Eve Toutant, physiothérapeute en GMFU et professeure de clinique à l’Université Laval ; Philippe Ouellet, physiothérapeute en centre de réadaptation et chargé d’enseignement de clinique à l’Université Laval et Marjorie Gingras, fellow physiothérapeute en GMF avec expertise en physiothérapie avancée neuro-musculosquelettique

À voir en vidéo