Un pont au coeur de l’île, pour un espace à la mémoire de Thomas Trudel

«Pour que le cœur de l’île ne soit plus une enclave oubliée, pour que les jeunes puissent s’y épanouir en sécurité, construisons-y un pont vers la vie et la solidarité», proposent les signataires.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Pour que le cœur de l’île ne soit plus une enclave oubliée, pour que les jeunes puissent s’y épanouir en sécurité, construisons-y un pont vers la vie et la solidarité», proposent les signataires.

Le terrible meurtre du jeune Thomas Trudel est un électrochoc qui secoue tous les élèves de l’école Joseph-François-Perrault et leurs familles. Nous ne pouvons, après un tel drame, retomber dans l’indifférence. Nous devons mobiliser nos énergies pour donner aux adolescents de Saint-Michel les moyens de vivre en sécurité dans leur quartier et de s’y épanouir.

Jusqu’à présent, nos gouvernements ont manqué à leur devoir face à ces deux objectifs.

Vivre en sécurité…

L’école Joseph-François-Perrault est située dans un quartier défavorisé. Il y a une quinzaine d’années, la situation était critique. Les gangs de rue semaient la terreur autour de l’école. La direction de JFP avait alors demandé et obtenu un budget pour mettre en place des programmes de prévention, en partenariat avec des organismes communautaires du quartier. Le succès fut tel que l’école se hissa rapidement en tête de liste des écoles ayant le plus faible taux d’incidents violents et d’intimidation. Pendant des années, JFP fut une école aimée où les élèves se sentaient en sécurité. Si bien que… les budgets alloués à la prévention furent réduits. Fallait-il un tel drame pour comprendre leur utilité ? Le pont construit entre l’école et les organismes communautaires pour assurer la sécurité des élèves ne doit pas être détruit par une gestion à courte vue.

... s’épanouir

L’école JFP est exceptionnelle à d’autres titres : elle se démarque par un taux exceptionnel de persévérance scolaire. Pour une école située dans un quartier défavorisé, c’est remarquable ! Cela est en partie dû aux programmes accessibles et stimulants qu’elle a développés. En effet, elle est l’école secondaire offrant une formation musicale au plus grand nombre d’adolescents en Amérique du Nord. Orchestres à cordes, orchestres symphoniques, harmonies et chœurs permettent aux élèves de vivre une expérience de dépassement de soi en coopération avec les autres.

Malheureusement, tous ces talents se déploient dans un espace totalement inadéquat. L’école n’avait pas été construite pour répondre aux besoins d’un programme de musique. Depuis 30 ans, la communauté-école demande la construction d’espaces pouvant répondre à ses besoins. Est-ce parce que l’école est située dans Saint-Michel que ses appels ne sont pas entendus par les divers ordres de gouvernement ?

et rêver

Ces dernières années, le projet de construction d’une nouvelle salle a pris de l’ampleur. Il s’inspire notamment du FuturLab, en Allemagne, qui a développé une cohabitation entre l’orchestre de Brême et une école secondaire située dans un quartier défavorisé. Ici, la communauté artistique, le quartier Saint-Michel et l’école Joseph-François-Perrault collaborent à un projet éducatif, culturel et citoyen ambitieux. Nous pouvons faire le lien entre les besoins des musiciens professionnels, ceux des résidents du quartier et ceux de l’école. Nous avons le devoir de bâtir un espace où tous et toutes pourront s’épanouir.

Comme certains l’ont proposé, le projet de la Maison de la musique JFP pourrait nommer un espace à la mémoire du jeune Thomas Trudel. Pour que le cœur de l’île ne soit plus une enclave oubliée, pour que les jeunes puissent s’y épanouir en sécurité, construisons-y un pont vers la vie et la solidarité.

* Lettre cosignée avec Chantal Bergeron, violoniste, Mark Fortier, essayiste et éditeur, et Mathieu Bélisle, essayiste et professeur de littérature, tous parents d’élèves de l’école Joseph-François-Perrault.

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