Une gouvernance irresponsable en matière d’environnement

«L’étendue des travaux a de plus détruit toute la faune du secteur», écrit l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «L’étendue des travaux a de plus détruit toute la faune du secteur», écrit l'auteur.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a-t-il vraiment aidé à détruire un habitat essentiel de la rainette faux-grillon à Longueuil ? Les fonctionnaires sont-ils la bonne cible pour expliquer les aberrations qui se passent dans le milieu environnemental ? Ces fonctionnaires donnent de l’information et appliquent des procédures, parfois avec un jugement discutable. Il faut cependant prendre en compte que ce ministère s’est départi, très souvent avec raison, d’un volume de travail considérable qui consistait à examiner une multitude de projets de construction avant leur réalisation.

Faute d’avoir des ressources suffisantes, le gouvernement a décidé d’alléger les contrôles préalables et de se départir de responsabilités afin d’utiliser ses effectifs à des dossiers plus pertinents. De plus, au début des années 1990, le ministère est passé du rôle de contrôleur de l’environnement à celui d’accompagnateur des promoteurs. Dans le cas de Longueuil, les fonctionnaires ont simplement appliqué à la lettre ce qu’on attend d’eux.

Les conséquences sont importantes. Les responsabilités finales appartiennent de plus en plus à quiconque sauf au MELCC. Dans ce dossier de la Ville de Longueuil, celle-ci, avec ses priorités de développement et de circulation automobile, a relégué les enjeux environnementaux au second plan. Les ingénieurs, eux, ont prévu un tunnel sous la rue qui constituerait un passage migratoire devant permettre à quelques spécimens du minuscule batracien de traverser le boulevard Béliveau. L’étendue des travaux a de plus détruit toute la faune du secteur. La firme d’ingénieurs n’aura qu’à produire à la fin de ses travaux une attestation de conformité prouvant que les travaux ont été exécutés selon ce qui avait été prévu, sans aucune garantie quant à la préservation de l’espèce.

La responsabilité du MELCC est tout aussi problématique dans la gestion de l’eau. Comment se fait-il que des citoyens de Saint-Lin–Laurentides manquent d’eau alors que toute prolongation des réseaux d’aqueduc devait être approuvée au préalable par le MELCC ? Comment se fait-il que de 53 000 à 60 000 déversements d’eaux usées non traitées se produisent encore, avec la bénédiction du MELCC qui permet des constructions alors que les infrastructures d’eau n’ont pas la capacité suffisante ?

« L’aide » du ministère à la destruction de l’environnement va bien au-delà du seul cas de Longueuil. Les fonctionnaires, qui sont généralement bien motivés, ont informé la Ville de Longueuil des procédures en vigueur. Ils n’ont fait que la guider dans un système très complexe et qui est de plus en plus une passoire à l’égard de la protection de l’environnement.

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