La relance n’est pas verte

«Il est temps de mettre fin à l’étalement urbain et de protéger adéquatement les écosystèmes restants», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Il est temps de mettre fin à l’étalement urbain et de protéger adéquatement les écosystèmes restants», écrit l'auteur.

Les gouvernements Legault et Trudeau nous ont promis sur toutes les tribunes que la relance serait « verte ». Technologies propres, électrification des transports, achat local, économie circulaire… La pandémie était censée servir de leçon, tant pour nous montrer les dangers d’ignorer l’interdépendance de nos impacts sur les écosystèmes que pour nous convaincre de notre capacité à agir rapidement.

Dès le début de la pandémie, en 2020, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, affirmait dans les médias : « La relance sera verte. »

À l’aube de la deuxième vague, en septembre 2020, le ministre en rajoutait : « Une chose est devenue très claire. L’environnement et l’économie peuvent et doivent cohabiter. L’économie peut nourrir le côté environnemental. »

Deux ans plus tard, nous sortons enfin de cette pandémie. La relance économique promise est au rendez-vous. Les seuils d’emploi retrouvent leur niveau d’avant la pandémie. Les ventes de véhicules augmentent. Les bouchons de circulation aussi. Les projets d’investissement se multiplient. Bref, les mêmes conditions de développement sont au cœur des décisions. L’objectif demeure : produire-consommer-jeter.

La relance n’est pas verte. Recyc-Québec a bien annoncé quelques millions ici et là pour encourager des initiatives de recyclage auprès des manufacturiers. Et le gouvernement caquiste a montré qu’il est sérieux en annonçant à la fois son retrait des projets pétroliers au Québec et un investissement de 5 milliards dans les autobus électriques, auxquels s’ajoutent 6,7 milliards de dollars dans un « autre » plan vert. À Ottawa, Steven Guilbeault est devenu ministre de l’Environnement. Mais peut-on parler d’une relance verte ?

Non, loin de là. Dans les faits, on continue sur la même trajectoire qu’avant la pandémie. On cherche à produire au plus bas prix, à vendre davantage aux consommateurs, et ce, sans égard quant aux impacts sur la disponibilité des ressources, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et la biodiversité.

Les problèmes sont pourtant connus. Outre la consommation des carburants fossiles, il y a l’obsolescence programmée, une stratégie qu’emploient les manufacturiers pour nous forcer à jeter et à remplacer leur produit le plus rapidement possible. L’exemple le plus connu est probablement celui des batteries de téléphones cellulaires, qui sont désormais pratiquement impossibles (et très coûteuses) à remplacer.

Pourtant, tant les consommateurs que la communauté d’affaires sont d’accord pour dire qu’il faut opérer un véritable changement. Maintenant.

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En juin, à l’occasion d’Évolution Laval, Michel Rousseau, président du conseil la Chambre de commerce de Laval, disait devant la communauté d’affaires : « On ne peut plus continuer comme ça. Nous devons entreprendre une transition vers des pratiques plus écoresponsables. »

En octobre, Sophie Brochu, p.-d.g. d’Hydro-Québec, annonçait à Tout le monde en parle : « Au Québec, on n’est pas les plus-meilleurs-au-monde en termes d’efficacité énergétique. On doit consommer mieux, on doit consommer moins. »

J’en conviens, le défi de transformer notre économie pour réduire à presque zéro nos émissions de GES est énorme. Plus imposant encore que ne l’a été le défi de la pandémie. Mais il est loin d’être impossible, au contraire. Il est temps de revoir notre système qui transforme des ressources en déchets. Il est temps de mettre fin à l’étalement urbain et de protéger adéquatement les écosystèmes restants. Il est plus que temps pour nos élus d’envoyer un message clair : les conditions de succès de notre économie devront désormais être cohérentes avec les conditions essentielles au maintien de la vie sur Terre.

En comparaison avec la Chine et les États-Unis, le Québec n’est pas un grand émetteur de GES. Or, c’est justement notre petite taille qui ferait de nous un laboratoire extraordinaire pour créer un modèle de développement inspirant pour les autres pays et pour les générations futures. Je suis convaincu que nous avons les connaissances, l’expertise, les ressources et la créativité nécessaires pour réussir. Il ne nous manque que le leadership de nos élus.
 



(10/11/2021) Une version précédente de ce texte, qui indiquait que la pandémie de COVID-19 a eu lieu en 2019 et que la deuxième vague a débuté en septembre 2019 a été modifiée.

 

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