Michel Nadeau, homme de culture

«Michel Nadeau a donné beaucoup de son temps au Festival des films du monde», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Michel Nadeau a donné beaucoup de son temps au Festival des films du monde», écrit l'auteur.

Une pluie d’hommages a succédé au décès de Michel Nadeau, car sa contribution au Québec économique a été considérable et les effets de son indéniable savoir-faire financier et diplomatique se feront sentir durablement. Il fait partie de ce qu’on appelle « les bâtisseurs du Québec ». Cependant, je crois qu’on a passé sous silence son intérêt pour la culture en général. Michel, qui était animé d’un grand humanisme et d’une immense culture universelle (cinéma, littérature, philosophie, musique…), était de ceux qui sont prêts à donner de leur temps pour que des institutions culturelles puissent vivre et se développer. Il était, mieux que quiconque, très conscient de l’arrimage nécessaire entre le monde des affaires et celui de la culture.

Michel Nadeau a donné beaucoup de son temps au Festival des films du monde. À l’écoute et sachant prodiguer des conseils judicieux, il se plaçait des deux côtés de l’événement : il aimait être spectateur et faire partie de l’organisation. En dehors du Festival, je l’ai vu parfois faire la queue pour assister à une première de film à l’Impérial. Tout l’intéressait et, pour lui, il n’y avait pas de hiérarchie dans le domaine culturel, pas de « grande culture » ou de « petite culture », tout était digne d’intérêt. Malgré les attaques d’une coterie journalistique locale, Michel fut le premier journaliste à Montréal (Le Devoir) à approuver publiquement notre vision d’un grand festival compétitif en Amérique du Nord. On l’a fait sans le financement adéquat et sans une industrie locale forte. Le temps a prouvé qu’il avait vu juste, car la planète du cinéma mondial a été présente au FFM au cours de plusieurs décennies et le FFM fut décrit comme « porte-étendard culturel du Québec » sur la scène internationale (Influences Communications).

Au nom du Festival, j’ai sauvé l’Impérial, un vieil édifice commercial qui risquait la démolition. J’avais dit à mes amis de la Paramount qu’on ne pouvait pas laisser détruire un tel édifice patrimonial. Ensuite, comme l’édifice a été classé monument historique, il est devenu admissible aux subventions publiques pour les rénovations. Du côté du privé, je me suis adressé à ma fidèle troïka : Bernard Lamarre, André Chagnon et Michel Nadeau. Ils formèrent ainsi un comité de suivi des travaux avec François Beaudry-Losique. Une fois les travaux terminés, l’Impérial fut surnommé la « chapelle Sixtine de Montréal » par certains médias. C’est l’un des plus beaux héritages culturels que le FFM lègue au public québécois. Michel a soutenu d’autres institutions culturelles québécoises, dont le premier Musée de la femme du Québec.

L’année 2021 a fauché trois géants du Québec qui étaient mes amis et alliés fidèles : Rock Demers, grand producteur et défenseur infatigable du FMM ; Pierre Goyette, président du CA du Festival pendant de nombreuses années, ancien sous-ministre des Finances du Québec et « un homme de très haute qualité » (dixit Robert Bourassa qui me le recommanda), et Michel Nadeau, mon alter ego intellectuel et conseiller en tout. C’est vraiment beaucoup à supporter.

Michel, mon ami, j’ai déjà souhaité bon voyage aux deux autres, c’est maintenant ton tour, et je dois te dire bon voyage dans le cosmos.

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