Le gouvernement se contredit sur la hausse de tarifs d’Hydro-Québec

«En ne limitant pas la hausse des tarifs d’électricité, le gouvernement privilégie ses propres finances au détriment de celles des ménages québécois», écrit l'autrice.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir «En ne limitant pas la hausse des tarifs d’électricité, le gouvernement privilégie ses propres finances au détriment de celles des ménages québécois», écrit l'autrice.

Au mois d’octobre, le ministre de l’Énergie confirmait que la hausse des tarifs d’Hydro-Québec serait d’au moins 2,6 % en 2022. C’est le double de celle de l’an dernier ! Au même moment, François Legault annonçait qu’il présenterait un minibudget en novembre avec, comme objectif, d’offrir aux Québécois et Québécoises des allégements financiers en réponse à la hausse énorme du coût de la vie. Nous avons donc, d’un côté, un ministre qui dit ne pas avoir l’intention de freiner la hausse des tarifs d’Hydro-Québec et, de l’autre, un premier ministre qui affirme que la « meilleure façon d’aider les Québécois à faire face au coût du logement, au coût de l’épicerie, au coût d’à peu près tout ce qui augmente, c’est de remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois ». Comment le gouvernement de la CAQ peut-il ne pas voir là une contradiction flagrante ?

Le gouvernement a-t-il une boule de cristal pour prédire l’inflation ?

Pour mémoire, depuis 2019, les tarifs d’Hydro-Québec ne sont plus soumis à un examen annuel de la Régie de l’énergie. Ils s’alignent maintenant simplement sur l’inflation. Au moment de l’entrée en vigueur de la loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité, l’ensemble des intervenants (à l’exception d’Hydro-Québec) ont exprimé des inquiétudes et manifesté leurs désaccords. Et on parle d’une série d’acteurs assez diversifiés : grandes entreprises, PME, patronat, groupes de défense des consommateurs, partis d’opposition et bien d’autres. Malgré tout, le ministre persiste. Pour lui, cette nouvelle façon de faire est positive parce qu’elle donne une prévisibilité […]

Une réforme sans effet

Devant cette hausse des tarifs d’électricité considérable qui contribuera à appauvrir les Québécois, le ministre devrait prendre acte du fait que sa réforme n’a pas eu les effets escomptés et revenir à une méthode de calcul qui tienne compte des réels coûts de production et de distribution de l’électricité.

Le ministre Julien refuse d’intervenir en gelant les tarifs ou même en limitant la hausse. « On ne va pas s’immiscer politiquement pour modifier ça », a-t-il dit. Pourquoi ? En modifiant la façon de fixer les tarifs, il s’est déjà largement immiscé politiquement. Serait-ce parce que l’augmentation des tarifs d’électricité, contrairement à l’augmentation des prix des autres produits et services, est bonne pour le budget du gouvernement ? Rappelons que chaque année, Hydro-Québec remet 75 % de ses profits au gouvernement. Contrairement à ce que Sophie Brochu, p.-d.g. d’Hydro-Québec, affirmait lors de son dernier passage à l’émission Tout le monde en parle, Hydro-Québec n’appartient plus aux Québécois. Elle appartient au gouvernement, qui en est l’unique actionnaire. Et qui ne se gêne pas pour utiliser la facture d’électricité pour se financer. […]

En ne limitant pas la hausse des tarifs d’électricité, le gouvernement privilégie ses propres finances au détriment de celles des ménages québécois. Chaque année, de nombreuses personnes ont des difficultés à payer leurs factures. En 2018, Hydro-Québec a conclu près de 374 000 ententes de paiement avec sa clientèle résidentielle et procédé à près de 45 000 interruptions de service chez ses clients en recouvrement. Dans un contexte d’inflation extrême, les coûts du logement et du panier d’épicerie étant de plus en plus inabordables, cette nouvelle hausse nous fait craindre le pire. En 2022, combien de personnes devront choisir entre se nourrir ou payer la facture d’électricité ? Habiller leurs enfants ou se chauffer ?

Le gouvernement doit cesser de dire une chose et son contraire. S’il veut réellement remettre de l’argent dans les poches des Québécois, il doit intervenir et limiter la hausse des tarifs d’Hydro-Québec. Il doit enfin reconnaître que l’électricité n’est pas un luxe. C’est un service essentiel dont la population ne peut pas se passer.

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