Bouées de sauvetage pour la première ligne

«Pourquoi ne pas permettre à tous les Québécois privés de médecin de famille de prendre rendez-vous en ligne pour les examens prescrits par le calendrier préventif?» demande l'autrice.
Photo: Marharyta Marko Getty Images iStockphoto «Pourquoi ne pas permettre à tous les Québécois privés de médecin de famille de prendre rendez-vous en ligne pour les examens prescrits par le calendrier préventif?» demande l'autrice.

Le discours inaugural était sans équivoque : François Legault semble résolu à renverser l’immobilisme. La CAQ souhaite profiter de ses appuis inégalés et de l’occasion unique que la pandémie nous sert pour réformer notre société de fond en comble. Une majorité de Québécois pressent que l’avenir de notre modèle se joue actuellement. Pas étonnant qu’elle accueille favorablement cette idée.

Sans surprise, c’est la santé réclamera notre attention au premier chef.

Rappelons-nous l’adage populaire : une chaîne se révèle aussi solide que son maillon le plus faible. Or, la première ligne, sur laquelle notre système de santé repose et s’érige, se trouve dans un état lamentable. La médecine moderne est victime du succès incommensurable de ses approches curatives. Comme l’accès ardu aux omnipraticiens en témoigne, la prévention en pâtit. Ma famille et moi figurons d’ailleurs sur ces listes d’attente sans fin.

À n’en pas douter, nous devrons débusquer des solutions pérennes face à ce problème complexe.

Le gouvernement Legault fait fausse route en proposant le recours à une approche semblable à celle préconisée par l’ex-ministre Barrette. Cela se soldera par le même échec, et ce sont les patients privés de médecins qui en souffriront encore.

Tôt ou tard, Québec devra prendre acte de la volonté de travailler moins qu’exprime la nouvelle génération de médecins (et de travailleurs tous azimuts !). À cet égard, il importe de souligner que l’État ne possède pas le monopole de l’immobilisme. Les syndicats et les ordres professionnels s’en arrogent une part importante… Espérons que le monde du travail troquera la coercition pour la flexibilité avant longtemps.

Manifestement, nous devrons former davantage de médecins de famille. Nous devrons également faire une place accrue à la délégation des actes, à la multidisciplinarité et à l’immigration médicale. Cela dit, ces solutions tarderont à porter leurs fruits.

Or, nous n’avons pas le luxe du temps, a fortiori dans un contexte de pénurie aiguë.

C’est pourquoi nous devrions appeler en renfort deux acteurs que nous oublions trop souvent dans l’équation, en l’occurrence les individus et la technologie.

Le succès retentissant de la campagne de vaccination orchestrée sur Clic Santé en atteste : les moyens technologiques permettent aux individus de prendre leur santé en main.

Cette victoire doit nous inspirer. Nous devons en étendre les applications et mettre en branle la nécessaire démocratisation de la santé préventive.

Pourquoi ne pas permettre à tous les Québécois privés de médecin de famille de prendre rendez-vous en ligne pour les examens prescrits par le calendrier préventif ?

Bien entendu, la vaccination nous vient spontanément en tête, mais toute une panoplie de procédures préventives pourrait compléter la liste. Mentionnons entre autres les prises de sang, le dépistage des cancers du côlon, du poumon et du sein ou encore les tests pour le diabète qui gagneraient à être ajoutés au calendrier après l’âge de 35 ans pour les individus à risque.

Enfin, la santé féminine devrait se tailler une place de choix au sein de cet arsenal préventif. Le fameux test Pap demeure à ce jour l’une des interventions les plus « rentables » en matière de prévention. Et pourtant l’accès à ce test est tristement loin d’être assuré.

Certes, des travailleurs de la santé devraient être engagés pour offrir ces cliniques et surtout pour en effectuer le suivi. Néanmoins, les économies d’échelle et l’efficience du processus justifient à elles seules cette orientation. Comprenons-nous bien. L’idée n’est évidemment pas de remplacer les médecins, mais de leur permettre de concentrer leurs efforts là où ça compte.

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