La ville où les citoyens sont de trop

«La place de l’être humain dans mon quartier est de plus en plus réduite et menacée. Le citoyen finit par se sentir de trop dans ce capharnaüm», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «La place de l’être humain dans mon quartier est de plus en plus réduite et menacée. Le citoyen finit par se sentir de trop dans ce capharnaüm», écrit l'auteur.

Tout irait tellement mieux s’il n’y avait pas de marcheurs, pas de personnes âgées qui se déplacent lentement, pas d’enfants qui s’amusent, pas de jeunes en trottinettes, pas de cyclistes, pas des joggeurs, pas de personnes en fauteuils roulants… Alors les automobilistes, mais surtout les camionneurs, pourraient enfin rouler sans entraves dans les rues de Montréal. Plus besoin de faire de stops, de limiter sa vitesse, de respecter des règlements de stationnement.

Malheureusement, on y est déjà.

Si je traversais la rue quand j’en ai le droit, sur Le Plateau-Mont-Royal, je serais happé par un véhicule quelques fois par jour. Le quadrilatère formé par les rues Sherbrooke, Saint-Joseph, Saint-Denis et Saint-Laurent, qui est mon quartier, a été complètement abandonné par l’administration municipale en ce qui a trait à la sécurité et à la circulation, comme d’autres sur l’île. C’est devenu une zone de Far West. Au volant, chacun fait ce qu’il veut, sans être ennuyé.

Nous sommes envahis d’automobiles et de camions, petits et gros ; envahis par des conducteurs qui ne s’immobilisent plus aux arrêts ; envahis par des véhicules qui empruntent les rues résidentielles de quartier pour éviter les grandes artères, et envahis par des véhicules qui ne respectent aucun règlement. Pire, on voit maintenant quotidiennement des véhicules circuler en sens inverse dans une rue à sens unique ! Nous en sommes rendus là.

Mais qui donc, à la Ville de Montréal, a autorisé les camions de livraison des grandes brasseries à stationner dans les espaces réservés aux autobus ? Pourquoi ces gros camions peuvent-ils bloquer partiellement ou entièrement des artères, comme l’avenue des Pins ou le boulevard Saint-Laurent — rien que ça ! —, pour y décharger des palettes de bière dans les dépanneurs ? Qui a décidé que les employés de la Ville de Montréal pourraient emprunter les petites rues de quartier avec leur véhicule pour aller plus vite et éviter les grandes artères, contrairement à ce que prévoit clairement le règlement de la Ville ? Pourquoi ne s’attaque-t-on pas aux problèmes des arrêts obligatoires de plus en plus ignorés ? Ce n’est plus important ? Quand a-t-on autorisé les camions de messagerie comme ceux d’UPS à circuler n’importe quand, du matin au soir, tout au long de la semaine, et à s’immobiliser au milieu des rues pour faire leur livraison, et ne pas avoir à stationner, car ils sont pressés, tels des ambulanciers ou policiers ? A-t-on été consulté ? Pourquoi les petits véhicules électriques de Purolator n’ont-ils pas à s’immobiliser aux arrêts ? Qui a permis tout ça dans la ville ? A-t-on pensé aux résidents ?

Et pourquoi ferme-t-on définitivement des rues de transit assez importantes, sur le Plateau, et détourne-t-on toute la circulation dans les rues résidentielles avoisinantes, comme c’est le cas avec les terrasses Roy où, du jour au lendemain, quelques centaines de véhicules de transit, automobiles et camions, sont transférés quotidiennement vers les petites rues de Bullion, Laval et Napoléon ? Quel est le sens de ce choix ? Est-ce un pas en avant ?

Le comportement routier de conducteurs en transit, qui cherchent à arriver vite à leur destination, n’a rien à voir avec celui d’un résident qui rentre chez lui.

La place de l’être humain dans mon quartier est de plus en plus réduite et menacée. Le citoyen finit par se sentir de trop dans ce capharnaüm.

L’insécurité, l’agressivité au volant, le bruit, la pollution, les rues fermées, détournées, défoncées, l’impossibilité de trouver une place de stationnement, et j’ajouterais l’absence d’écoute et de solutions à la mairie, lassent quiconque habite Le Plateau-Mont-Royal. On dirait que les mairies du Plateau et de la ville centre ont abdiqué.

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