Les enseignants comme passeurs culturels

«Agir comme passeurs culturels en éducation, c’est favoriser le plaisir d’apprendre en rendant les apprentissages des élèves plus signifiants et plus stimulants, parce que culturellement ancrés», écrivent les auteurs.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir «Agir comme passeurs culturels en éducation, c’est favoriser le plaisir d’apprendre en rendant les apprentissages des élèves plus signifiants et plus stimulants, parce que culturellement ancrés», écrivent les auteurs.

Depuis plus de vingt ans, le rôle névralgique de passeurs culturels en éducation est au cœur des compétences professionnelles des enseignantes et des enseignants.

Au tournant des années 2000, la compétence culturelle qui servait de fondement à toutes les autres était libellée ainsi : Agir en tant que professionnel héritier, critique et interprète d’objets de savoirs ou de culture dans l’exercice de ses fonctions. Vingt ans plus tard, cette compétence est toujours bien présente, mais elle est dorénavant formulée de la façon suivante : Agir en tant que professionnel cultivé, à la fois interprète, médiateur et critique d’éléments de culture dans l’exercice de ses fonctions.

Dans ces référentiels ministériels de compétences, il s’agit de développer chez les enseignantes et les enseignants leur rôle de passeurs culturels en misant sur l’enrichissement de leur propre bagage culturel, en stimulant leur sens critique et leur capacité d’appréciation ainsi qu’en affinant leur jugement professionnel sur des objets de savoirs ou de culture. Bien que cette compétence professionnelle soit mise en avant depuis deux décennies, des moyens insuffisants ont été octroyés aux facultés d’éducation et aux centres de services scolaires du Québec pour la déployer. L’approche culturelle de l’enseignement demeure ainsi peu connue ou mal comprise, et elle reste souvent portée par quelques individus et non par une communauté qui irait au-delà de la bonne volonté de certaines personnes passionnées.

Pourtant, les enseignantes et les enseignants qui embrassent pleinement leur rôle de passeurs culturels sont plus engagés, ouverts et curieux ; ils font ainsi de leur classe un lieu de dialogue vivant. Comme le souligne Jean-Michel Zakhartchouk, incarner la fonction de passeurs culturels, « c’est l’envie de faire partager un bien, un ensemble d’œuvres humaines qui nous aident à vivre, à penser, à aimer, à trouver des réponses comme à trouver du plaisir, de vouloir transmettre ce regard sur les choses qui évite d’être passif devant les événements du monde, qui nous fait participer davantage à la construction si difficile d’une humanité meilleure ». Agir comme passeurs culturels en éducation, c’est favoriser le plaisir d’apprendre en rendant les apprentissages des élèves plus signifiants et plus stimulants, parce que culturellement ancrés.

Mesures urgentes

Il est urgent de déployer diverses mesures gouvernementales pour reconnaître le rôle fondamental dans la société des enseignantes et des enseignants passeurs culturels en leur donnant des accès privilégiés aux arts et à la culture, par exemple par un passeport culturel enseignant qui offrirait des gratuités et des rabais exceptionnels sur des objets culturels (livres, magazines, journaux, matériel d’artiste, etc.) et des pratiques culturelles (aller au théâtre, dans les musées, au cinéma, en librairie, etc.).

À un moment charnière de l’histoire du monde des arts et de la culture, à une époque postpandémique où l’on doit tout mettre en œuvre afin de ramener dans les lieux culturels ses principaux entremetteurs et multiplicateurs, il est impératif de (re)donner le goût de la culture aux enseignantes et aux enseignants, goût qui rejaillira sur des millions d’élèves. Créons ainsi un cercle vertueux culturel en misant d’abord et avant tout sur une des forces vives de la société : les actrices et les acteurs de l’éducation !

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