Lettre à mes amies non vaccinées

«Même si elles ne se rallient pas à la majorité, les personnes non vaccinées méritent d’être traitées avec respect et empathie», écrit l'autrice.
Photo: Agence France-Presse «Même si elles ne se rallient pas à la majorité, les personnes non vaccinées méritent d’être traitées avec respect et empathie», écrit l'autrice.

Avant toute chose, je tiens à mentionner que je suis pleinement vaccinée et que je soutiens la vaccination. D’ailleurs, le vaccin est arrivé pour moi comme un soulagement. J’ai décidé de me faire vacciner pour nous protéger moi et mes proches, mais aussi pour le bien-être de l’ensemble de la société.

Je perçois actuellement une stigmatisation des non-vaccinés dans l’opinion publique et les médias. On a les amalgames au bout des lèvres. Un non-vacciné, c’est forcément un complotiste, un antivax peu éduqué et centré sur lui-même. Parfois, j’ai l’impression qu’on est à la chasse aux sorcières, à la chasse aux non-vaccinés.

Depuis des mois, le sujet de l’heure, c’est la vaccination. Passeport vaccinal. Atteintes d’objectifs de couverture vaccinale toujours plus élevés. Vaccination obligatoire pour plus de travailleurs·e·s. Vaccination prochaine des enfants de moins de 12 ans. Même M. Legault, visiblement à bout d’idées, nous a implorés de mettre la main à la pâte et de convaincre au moins un réfractaire au vaccin dans notre entourage. Il n’en faut pas plus pour nous rendre complètement obsédés par la vaccination. Pas étonnant que l’on en vienne à percevoir les non-vaccinés comme les ennemis numéro un de la société.

La vaccination est pour moi une évidence. J’ai donc été surprise et décontenancée lorsque des personnes proches de moi m’ont confié qu’elles ne voulaient pas se faire vacciner. Hein ? Mais pourquoi ? Totale incompréhension de ma part.

Ces personnes sont pourtant des amies proches que j’aime et que j’estime beaucoup. Elles sont des mères de famille dévouées, éduquées, travaillant dans la sphère scientifique et amies aimantes. Elles ne sont pas des complotistes, elles ne sont pas égoïstes, elles ne manquent pas d’empathie. Elles ne sont pas non plus des antivax puisqu’elles, les enfants et même le chien, ont reçu dans le passé des vaccins. Elles ont seulement peur. Peur de la vitesse avec laquelle un nouveau type de vaccin, les vaccins à ARNm, a été développé, ainsi que des effets secondaires à long terme pour elles et leurs proches. Il est difficile de les contredire là-dessus ; personne ne possède de boule de cristal pouvant prédire les effets futurs du vaccin sur notre santé. Et la peur est le meilleur frein à l’action que je connaisse.

Avec la pression ambiante constante, l’une s’est finalement fait vacciner à contrecœur afin de pouvoir continuer à être présente avec ses enfants dans toutes ces activités où le passeport vaccinal est requis. À son travail, elle a aussi ressenti une pression de ses supérieurs puisque certaines de ses fonctions exigent le passeport vaccinal. Elle reconnaît que la solution passe par la vaccination, mais elle ne veut pas d’un vaccin à ARNm commercialisé pour la première fois dans un temps record.

Même si elles ne se rallient pas à la majorité, les personnes non vaccinées méritent d’être traitées avec respect et empathie. Elles ont des peurs qui ne sont pas toutes infondées. Ce n’est pas en invalidant leurs craintes, en les humiliant, en les culpabilisant et en leur mettant une pression excessive qu’elles vont changer d’idée et adhérer à la vaccination.

Je crois qu’il faut prendre le temps d’écouter les non-vaccinés, de les accueillir, de tenter de comprendre quelles sont leurs craintes et de reconnaître que certaines d’entre elles sont fondées. Quand on comprend ce qui fait peur, on peut au moins essayer de trouver l’information, de répondre aux questions et de rassurer. Une chose est sûre, toutefois, c’est qu’on ne pourra pas rassurer sur les effets inconnus à long terme.

La peur ne va peut-être pas partir complètement ni faire en sorte que ces personnes vont se faire vacciner, mais au moins, j’espère que l’on va s’approcher d’un vivre-ensemble plus respectueux et plus empathique. On en a cruellement besoin en ces temps difficiles.

À voir en vidéo