Laisser un espace carbone aux pays en développement

«Les pays riches doivent par ailleurs prendre en compte la réalité des pays en développement et agir en conséquence», soutient l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir «Les pays riches doivent par ailleurs prendre en compte la réalité des pays en développement et agir en conséquence», soutient l'auteur.

Limiter la hausse de la température planétaire à 1,5 °C exige de ne pas dépasser un certain cumul d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Autrement dit, il ne nous reste à l’échelle mondiale qu’une certaine quantité de GES à émettre, soit 400 milliards de tonnes de CO2 (Gt CO2) pour avoir deux chances sur trois de ne pas dépasser 1,5 °C.

Ce budget carbone est restreint, car les émissions mondiales totalisent 2400 Gt CO2 depuis 1850 (ce qui correspond à une hausse actuelle de la température de 1,1 °C). Mais, comme l’explique un récent billet publié sur le site Carbon Brief et rapporté dans Le Devoir, il y a de grandes disparités dans les émissions cumulées des différentes nations. Les pays riches, le Canada en tête, ont historiquement émis le plus de GES, surtout quand on regarde ces émissions par habitant. Ces chiffres rejettent ainsi une grande part de la responsabilité du réchauffement climatique sur les pays développés, dont le Canada.

Dans ce contexte, la vision historique de Mme Nathalie Lewis exprimée récemment dans Le Devoir apporte un éclairage important et relativise la responsabilité historique du Canada, puisque le pays a été forgé par la France puis l’Angleterre, et par leur vision colonisatrice et extractiviste. La responsabilité « morale » du Canada serait ainsi moins grande.

Comme le souligne Mme Lewis, il est également essentiel de comprendre que l’urgence climatique est un enjeu complexe, global, qui ne trouvera de solution qu’avec la contribution coordonnée de toutes les nations. Enfin, comme le rappelle justement Mme Lewis, une grande quantité des émissions de GES émis par le Canada a permis de produire des biens et services qui ont été importés par nos partenaires commerciaux. Une partie des GES émis sur le territoire canadien ont donc alimenté en partie la consommation à l’étranger.

La responsabilité du Canada doit ainsi être relativisée à la lumière de ces différents critères.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que les exportations canadiennes, qu’il s’agisse des matières premières ou des émissions indirectes de GES, ont aussi permis au pays de s’enrichir. En outre, le Canada est lui-même un pays importateur qui consomme des produits industriels et partage donc, à ce titre, la responsabilité d’émissions « importées ».

Les pays riches doivent par ailleurs prendre en compte la réalité des pays en développement et agir en conséquence. Puisque les seconds ont historiquement émis peu de GES, le budget carbone mondial restant devrait leur être réservé en priorité afin qu’ils aient la possibilité de mettre en place leurs mesures d’atténuation et d’adaptation.

En d’autres termes, nous avons la responsabilité de laisser aux pays en développement un « espace carbone » pour que ceux-ci disposent d’un avenir acceptable. Cela implique que le Canada devienne carboneutre bien plus rapidement que les objectifs actuels. Même si son action est partiellement verrouillée, car dépendante des structures qui sous-tendent le système international commercial et géopolitique, le Canada a la capacité de mener des transformations majeures de son système socioéconomique et politique. Il en a les moyens financiers et techniques, il a les ressources et les connaissances.

Il ne s’agit donc pas de culpabiliser les pays riches, ce qui serait improductif. Il s’agit plutôt de les responsabiliser. Les gouvernements et les populations des pays développés se doivent d’instaurer une action climatique à la hauteur de leur responsabilité climatique vis-à-vis des pays les moins nantis.

À voir en vidéo