M. Dubé, ne vous défilez plus

«M. Dubé, je vous en supplie, pour le bien commun et par respect pour celles et ceux qui sont au front, le 15 novembre prochain, ne vous défilez plus», écrit l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «M. Dubé, je vous en supplie, pour le bien commun et par respect pour celles et ceux qui sont au front, le 15 novembre prochain, ne vous défilez plus», écrit l'auteur.

Le mercredi 13 octobre 2021, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé, rendait publique sa décision de repousser du 15 octobre au 15 novembre prochain l’obligation, pour les travailleurs de la santé et des services sociaux, d’être doublement vaccinés. Pour justifier cette volte-face, il a invoqué des bris de services importants devant survenir à travers la province, ajoutant que tout le réseau « allait foncer dans un mur » s’il persistait dans la direction qu’il avait initialement prise.

Or, j’ai beaucoup de difficulté à concevoir que M. Dubé, qui est en poste depuis plus d’un an déjà, n’ait pas été en mesure d’envisager l’éventualité d’un tel scénario au moment d’annoncer sa position initiale, le 7 septembre dernier. Il est un homme brillant, entouré de bons conseillers. Il ne pouvait pas ignorer les impacts potentiels d’une telle annonce.

Par ailleurs, en tant qu’infirmier et professeur dans une école de sciences infirmières, je tiens à mentionner que j’étais fortement en accord avec la position initiale du ministre, et que j’admirais l’acharnement avec lequel il la défendait, et ce, jusqu’à hier encore. Protéger le public et prêcher par l’exemple, c’est notre devoir en tant que professionnels de la santé. C’est aussi l’une des responsabilités sociales des organisations du réseau dont il est le dirigeant. Or, en faisant volte-face moins de 48 heures avant la date butoir qu’il avait lui-même fixée, c’est un tout autre message qu’il envoie aux acteurs du réseau de la santé et à la population.

Ce message, c’est d’abord celui du coup de bluff. C’est de laisser présager que sa position initiale, bien que basée sur une recommandation de la santé publique, n’avait pas de fondements scientifiques solides. C’est d’affirmer que son désir, celui de mettre au pas les « anti-vax », n’était pas si sérieux que ça. C’est également donner l’impression qu’en usant d’autoritarisme et en menaçant les travailleurs de la santé de conséquences extrêmes, dont la suspension du permis de pratique et des revenus, il parviendrait à obtenir de leur part quelques gains dans le pourcentage d’individus adéquatement vaccinés. Pourtant, il devrait savoir que l’autoritarisme et l’intimidation prévalent dans le réseau de la santé, et qu’ils font fuir les infirmières.

Ce message, c’est aussi dire aux travailleurs de la santé, celles et ceux qui sont doublement vaccinés, celles et ceux qui se battent corps et âme depuis plus de 18 mois, celles et ceux qui sont tombés au combat, qu’en fin de compte, tous leurs efforts et leurs sacrifices n’en valaient pas la peine. Qu’ils devront continuer de côtoyer au quotidien, encore pour au moins un mois, des vecteurs potentiels de la maladie.

Ce message, c’est aussi de dire haut et fort aux complotistes et aux conspirationnistes de ce monde qu’à force de résistance (dont le refus de se faire vacciner), ils obtiendront gain de cause, que les libertés individuelles priment sur le bien collectif.

Enfin, la volte-face du ministre entache également, de mon point de vue, la crédibilité et la réputation des ordres professionnels, lesquels ont répondu présents, et de bonne foi, à l’appel lancé par le ministre de suspendre le permis de pratique des récalcitrants. Aujourd’hui, la décision du ministre les fait paraître, contre leur gré, comme des instruments de la propagande étatique, et non comme de réels protecteurs du public.

M. Dubé, je vous en supplie, pour le bien commun et par respect pour celles et ceux qui sont au front, le 15 novembre prochain, ne vous défilez plus.

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