Le carbone autrement qu’une incantation

«C’est en fait l’économie consumériste depuis l’extraction jusqu’aux étagères des magasins ou des entrepôts qu’il faut ralentir», affirme l'auteur.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne «C’est en fait l’économie consumériste depuis l’extraction jusqu’aux étagères des magasins ou des entrepôts qu’il faut ralentir», affirme l'auteur.

Pour faire suite au point de vue de François Delorme exposé le samedi 25 septembre, « Le dernier véritable espoir ».

Instaurer une taxe carbone mondiale est une bonne idée, encore faut-il l’appliquer sur tout ce qui se produit, se confectionne, se fabrique, se construit ; il faut l’appliquer sur les objets du quotidien, ceux de la maison, du bureau, des loisirs, comme pour les aliments qui parcourent des milliers de kilomètres et qui se retrouvent sur nos étals. Le GIEC le dit clairement : il faut réduire notre consommation de matières premières et notre production. C’est en fait l’économie consumériste depuis l’extraction jusqu’aux étagères des magasins ou des entrepôts qu’il faut ralentir. D’autre part, le prix de la tonne carbone doit être réaliste. La captation du carbone coûterait 800 $ la tonne, nous dit François Delorme, ce qui lui paraît extrêmement cher ; pourtant, voilà un prix de départ réaliste qui aiguillonnerait les entreprises vers les prix véritables des biens et services en intégrant l’empreinte carbone et autres externalités négatives. Si un métal qui se raréfie comme le cuivre se négocie autour de 2500 $ la tonne, peut-être faudrait-il envisager de raréfier le carbone…

Le carbone sous forme de taxes ne peut être le seul outil pour réduire considérablement la fabrication de tout et n’importe quoi dans notre économie de l’offre. Encore faut-il réduire le nombre de produits proposés en même temps que les expectatives d’expansion (croissance) de marchés menées tambour battant sous l’étendard de la globalisation. À l’Atelier de la soutenabilité appliquée, nous planchons sur les moyens susceptibles de freiner cette économie surdimensionnée, notamment par la conception et la fabrication des seuls objets essentiels du quotidien dans un nouveau cadre économique : le redéploiement soutenable de l’économie locale, partout. Il n’y a guère plus d’une vingtaine d’objets ou types d’objets qui soient essentiels sur une soixantaine, il est donc possible de réduire globalement de manière significative notre consommation des matières premières en faisant moins et mieux. L’essentiel, la soutenabilité et le local sont les vecteurs d’un changement de volume et d’échelle qui permettront de réduire nos émissions de carbone tout en créant du travail soutenant une vie sobre, mais conviviale, sur une planète qui prendra des siècles à se remettre de notre existence.

Évidemment, notre initiative, que nous souhaitons voir se reproduire ailleurs (notre R&D est publique et open source), ne peut prétendre être la seule solution. Nos gouvernements doivent impérativement amorcer les grands travaux de décarbonation qui s’imposent : le déploiement massif du transport en commun ; la remise à niveau énergétique des bâtiments ; la production d’énergies renouvelables tout en promouvant une réduction de la consommation d’énergie et une agriculture moins chimique capable de capter un maximum de carbone.

Mais il n’y a pas de plan de réduction ou de ralentissement de l’économie malgré les injonctions du GIEC à cet égard. Les citoyens à la fois consommateurs et acteurs dans l’économie actuelle sont les seuls capables d’enclencher localement cette autre économie réduite et plus lente. Et c’est l’empreinte carbone qui permet de prendre ce tournant économique et social si on l’utilise comme un levier de changement et un indicateur économique au même titre que le prix sur l’étiquette.

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