Écouter, pour prendre soin des soignants

«Le spectre de la
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Le spectre de la "rupture des services" ne peut servir de prétexte à prendre le pouvoir sur les soignants comme sur des machines», pensent les signataires.

Nous sommes tous des soignants : infirmières, travailleurs sociaux, préposés aux bénéficiaires, proches aidants, adjoints administratifs, médecins, gestionnaires, bénévoles, éthiciens, pairs aidants, ambulanciers, organisateurs communautaires, patients partenaires, sages-femmes, enseignants et chercheurs en santé.

Nous sommes aussi des parents, filles et fils, conjoints, frères et sœurs, voisins et citoyens. Malades et en santé, à tour de rôle, nous avons besoin d’être soignés.

Dans notre profession comme dans nos vies, prendre soin est une façon naturelle d’être en relation. Mais notre capacité à prendre soin est fragilisée. Cela s’exprime en épuisement, dépression, anxiété, maladies, perte de sens et désengagement. Les départs et les démissions ne sont que la pointe de l’iceberg.

La « petite révolution » dont nous avons besoin n’est pas une révolution financière ou technologique, pas plus qu’une réforme des structures. Nous ne manquons pas d’argent ni de louanges. Nous sommes conscients de nos privilèges et de nos devoirs.

Nous avons besoin d’une « révolution de sens ». Besoin de retrouver le cœur de ce qui nous anime. Besoin d’avoir le temps d’être présents, d’écouter, de réconforter. Besoin d’espace pour prendre soin les uns des autres.

Des humains

Nous avons besoin d’être vus comme humains : sensibles, intelligents, engagés. Forts et fragiles à la fois. Plutôt que comme des chiffres et des ressources à optimiser.

Le spectre de la « rupture des services » ne peut servir de prétexte à prendre le pouvoir sur les soignants comme sur des machines. Nous sommes engagés à soigner. La compassion est notre moteur. Un moteur qui s’épuise lorsqu’il ne peut se ressourcer.

Nous ne sommes pas des marchands de miracles et n’avons pas de solutions magiques. Ni pour soigner le malade atteint d’une maladie incurable. Ni pour guérir notre système de santé fragilisé, se rétablissant d’une des pires crises sanitaires depuis un siècle.

Nous savons que les réponses sages à des problèmes complexes demandent d’abord et avant tout une écoute authentique. Nous savons que nous ne pouvons pas guérir seuls : ni l’individu ni le système.

Nous avons besoin d’écoute. De nos décideurs publics et de nos concitoyennes et concitoyens. Nous en appelons au dialogue. Pas de ces dialogues de surface aux fins de relations publiques ni au dialogue corporatif derrière des portes closes. Nous avons appris le respect des savoirs de chacun : savoirs d’expérience, savoirs professionnels, savoirs scientifiques et savoirs citoyens. Nous voulons apprendre les uns des autres pour trouver des solutions ensemble, avec vous.

 


* Ce texte est signé par une quarantaine de professionnels : 
 

Valérie Lahaie, Infirmière et gestionnaire

Catherine Bouthillier, Travailleuse sociale

Marie Leclaire, Psychologue

Eric Racine, Bioéthicien et chercheur

Julie Ménard, Infirmière clinicienne de première ligne

Ghislaine Rouly, Patiente partenaire en soin de proximité

Dominique Dufour, Citoyenne

Catherine Purenne, Coordonnatrice administrative

Christine St-Onge, Sage-femme

Julie Lacasse, infirmière d’urgence

Daniel Turgeon, Pair Aidant

Jean-Pierre Daigle, ambulancier

Vincent Dumez, Patient partenaire

Julien Roy, Infirmier praticien spécialisé en première ligne

Alain Lesage, psychiatre et chercheur

Manuel Penafiel, Organisateur communautaire

Ginette Caron, Proche aidante

Émilie Lessard, Anthropologue et chercheuse

Geneviève Castonguay, Gestionnaire scientifique

Anne Évangéline LeBlanc, Pair accompagnatrice

Marie-Eve Ratté, Infirmière praticienne spécialisée en première ligne

Audrey L’Espérance, Associée de recherche et responsable scientifique

Geneviève David, Gestionnaire

Marie-Claude Durette, Directrice de projet Communauté soignante

Katherine Tremblay, Bénévole 

Sacha Ghadiri, Professeur agrégé en gestion

Mathieu Bouchard, Proche et pair aidant, chercheur postdoctoral

Eleonora Bogdanova, Assistante de recherche

Philippe Karazivan, Médecin de famille

Louise Normandin, Professionnelle de recherche

Pierre Pluye, Professeur en médecine familiale, Université McGill

Marie-Dominique Beaulieu, Professeur émérite en médecine 

Nathalie Caire Fon, Directrice du département de médecine de famille et de médecine d’urgence, Université de Montréal

Jean-François Pelletier, Responsable du programme de formation à la pair-aidance de l’Université de Montréal

Ahmed Maherzi, Directeur du bureau de la responsabilité sociale, Faculté de médecine de l’Université de Montréal

Ann C Macaulay Professeur en médecine familiale, Université McGill

Louis Lochhead, Patient coordonnateur et proche aidant

Myriam Fournier-Tombs, gestionnaire en santé

Cathy Bazinet, conseillère en communication

Véronique Dubé, Infirmière, professeure et chercheure

Marie-Eve Bouthillier, éthicienne clinique

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