Vaccination obligatoire ou éducation communautaire?

«Il y aura toujours des personnes qui s’opposeront aux vaccins pour diverses raisons; les médecins et autres professionnels de la santé ont pour tradition de respecter le droit d’un patient de refuser un traitement, y compris une vaccination», écrit l'auteur.
Photo: Evan Vucci Associated Press «Il y aura toujours des personnes qui s’opposeront aux vaccins pour diverses raisons; les médecins et autres professionnels de la santé ont pour tradition de respecter le droit d’un patient de refuser un traitement, y compris une vaccination», écrit l'auteur.

Dans les dernières semaines, plusieurs patients m’ont interrogé au sujet de la vaccination contre la COVID-19. Certains étaient simplement hésitants à se faire vacciner. D’autres avaient de réelles inquiétudes, entre autres au sujet de possibles effets secondaires des vaccins.

J’ai réussi à convaincre une majorité que les avantages des vaccins l’emportaient de loin sur le risque d’effets secondaires. Cependant, quelques patients ont demandé des exemptions pour des raisons sérieuses : par exemple, une femme qui a eu une réaction neurologique grave au vaccin contre la grippe saisonnière, développant le syndrome de Guillain-Barré — elle a été paralysée du bas du corps jusqu’à la taille, mais s’est rétablie par la suite. Un autre patient voulait une exemption basée sur le fait qu’il a déjà eu la COVID-19 et jouit donc d’une immunité naturelle. Les avantages de l’immunité naturelle par rapport à l’immunité vaccinale sont confirmés dans la littérature médicale.

Certains mandats gouvernementaux liés à la vaccination obligatoire causent plus de mal que de bien. En effet, la littérature scientifique, dont un article publié dans le New England Journal of Medicine et des études réalisées au Royaume-Uni et en Israël, suggère la non-conformité à la vaccination obligatoire. Je suis personnellement plus favorable à la persuasion qu’à la coercition.

Il y a quelques années, j’étais directeur médical d’un projet de santé communautaire en Côte d’Ivoire. Notre objectif était entre autres la vaccination des enfants. Au début, la plupart des villageois se méfiaient. Peu à peu, nous avons pu gagner la confiance des parents en démontrant les avantages des vaccins. À la fin du programme, nous avons récompensé les villages qui avaient participé en y installant des puits.

Il y aura toujours des personnes qui s’opposeront aux vaccins pour diverses raisons ; les médecins et autres professionnels de la santé ont pour tradition de respecter le droit d’un patient de refuser un traitement, y compris une vaccination. C’est pourquoi je préconise l’éducation communautaire pour gagner la confiance de ceux qui hésitent encore à se faire vacciner.

Une vaste majorité (environ 85 %) de la population est déjà complètement vaccinée, dont les travailleurs de la santé . Si on ajoute à ces vaccinés les 5 % de personnes qui ont déjà été infectées par le coronavirus, on atteint un niveau de protection de 90 % qui correspond à ce qu’on appelle l’immunité collective d’une population, c’est-à-dire le moment où le virus a du mal à se propager. Bien entendu, ceci n’inclut pas les enfants de moins de 12 ans, pour qui la vaccination n’est pas encore autorisée.

À court terme, l’approche gouvernementale la plus efficace consisterait, selon moi, à encourager la vaccination au moyen d’une éducation fondée sur des faits concernant les risques et les avantages des vaccins, pour mettre fin à la désinformation et aux malentendus. Pour les personnes qui refuseront d’être vaccinées malgré tout, des tests obligatoires à intervalle régulier peuvent aisément être utilisés, entre autres pour les travailleurs essentiels de la santé, par exemple, afin d’éviter une pénurie appréhendée. En effet, dans l’État de New York, où les vaccins contre la COVID-19 sont obligatoires, on prévoit une pénurie de travailleurs de la santé et une possible déclaration d’état d’urgence. Nous devons éviter la même erreur ici, au Québec.

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