Papineau et le respect des femmes

«Contestant le résultat de mes recherches pour la future biographie complète de Louis-J. Papineau, elle tient à faire de lui un misogyne», écrit l'autrice.
Photo: Bibliothèque et Archives Canada/T.C.Doane C-066899 via La Presse canadienne «Contestant le résultat de mes recherches pour la future biographie complète de Louis-J. Papineau, elle tient à faire de lui un misogyne», écrit l'autrice.

Dans sa réplique à mon Devoir d’histoire intitulé « Papineau, froussard et misogyne ? », publié le 18 septembre, l’historienne Denyse Baillargeon prétend me donner une leçon de rigueur historique, faisant comme si je n’avais pas prouvé auparavant mon professionnalisme et mon souci de réintégrer la gent féminine dans l’Histoire. Contestant le résultat de mes recherches pour la future biographie complète de Louis-J. Papineau, elle tient à faire de lui un misogyne. Elle dit connaître sa « vision républicaine » de la respectabilité féminine ; dans cette optique, la participation des femmes à la vie citoyenne, hors de la sphère domestique familiale, aurait été contraire aux bonnes mœurs. J’invite Mme Baillargeon à me citer les écrits de Papineau en ce sens — ou ceux de tout autre concitoyen patriote. Pour ma part, après une recherche exhaustive de plusieurs années dans les archives, je n’ai rien vu de tel. Je m’en serais servi si ça avait été le cas, car je me targue d’honnêteté dans mes travaux.

Selon Mme Baillargeon, Papineau travestirait la réalité puisque « bien peu de femmes mariées ou de célibataires votent supposément entraînées de force ». Je trouve présomptueux d’accuser ainsi Papineau, lui qui était plongé jusqu’au cou dans l’actualité réelle de son pays. En vérité, un nombre significatif de femmes ont voté forcées, d’autant qu’une partie des registres de scrutins a été perdue et que bon nombre d’élections n’ont pas été enregistrées sur papier. Plus largement, tout l’aspect de la violence électorale, endémique et terrorisante, a été sous-évalué par la recherche historique.

Avant de me reprocher de la malhonnêteté intellectuelle, comme l’historienne émérite le fait, je l’invite à remettre la fameuse réplique de Papineau en contexte. D’abord, il faut savoir qu’à l’hiver 1834, c’est sous la loi des élections contestées que les femmes perdent le droit de suffrage, une loi qui ne sera pas mise en vigueur. Sa fameuse réplique, Papineau la prononce pendant les débats relatifs à une autre loi, celle réglant les élections, que le député John Neilson souhaitait faire réviser. Selon lui, elle engendrait des abus, dont le droit pour les femmes de voter. Alors, partout dans l’Empire britannique, le droit de suffrage devenait peu à peu exclusivement masculin ; quelques années plus tôt, les lois créant des conseils de ville à Montréal, Québec et Toronto avaient d’ailleurs réservé le suffrage aux mâles.

À Neilson, Papineau a rétorqué que la principale source d’abus était le « scandale » de la violation de la liberté électorale par les hauts placés de l’Exécutif colonial, ainsi que la nomination d’hommes « de parti » comme membres du personnel électoral. L’honnêteté intellectuelle impose de le préciser, n’est-ce pas, avant de prétendre que Papineau ne fait allusion « nulle part » à la violence ? Le débat a ensuite été « personnalisé » par Austin Cuvillier, qui avait bel et bien traîné son épouse Marie-Claire Perrault — dont il était pourtant séparé de biens — au husting électoral de la fameuse Rue du Sang, en mai 1832. C’est donc à Cuvillier que Papineau s’adressait : « Il est ridicule, il est odieux de voir traîner aux hustings des femmes par leur mari, des filles par leur père, souvent même contre leur volonté. L’intérêt public, la décence, la modestie du sexe exigent que ces scandales ne se répètent plus. »

En réplique, Cuvillier a déclaré avoir vu Papineau « recevoir leurs voix avec plaisir, et par son sourire agréable et gracieux, leur en témoigner son approbation et s’en féliciter ». N’est-ce pas un témoignage direct de l’opinion de Papineau sur le vote féminin ? L’historiographie l’a pourtant négligé. Cherchez l’erreur…

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