Revaloriser le travail des éducatrices en CPE

«Depuis quelque temps, il m’arrive de vous accueillir avec un sourire fatigué, car malgré tout, la pandémie nous affecte beaucoup. Nos tâches connexes s’alourdissent, et le manque de reconnaissance aussi», confie l'autrice.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Depuis quelque temps, il m’arrive de vous accueillir avec un sourire fatigué, car malgré tout, la pandémie nous affecte beaucoup. Nos tâches connexes s’alourdissent, et le manque de reconnaissance aussi», confie l'autrice.

Lettre adressée à des parents.

Allô, Papa,

Allô, Maman,

Je suis l’éducatrice de votre enfant, celle qui détient une technique en éducation à l’enfance, un certificat en soutien pédagogique dans les services de garde, un certificat en intervention psychosociale et qui est en voie d’obtenir son bac en éducation. Je cumule plus de dix ans d’expérience, ce qui me situe déjà au dernier échelon de l’échelle salariale. Malgré toutes ces qualifications, mon salaire n’est pas représentatif des tâches et des responsabilités qu’implique cette profession.

Tous les matins, je suis celle qui vous accueille avec un sourire. Je suis là pour vous, votre famille et votre enfant, mon « coconut ». Je m’informe de sa santé, de la vôtre et de votre famille, car même si cela vous paraît légèrement futile, cela me permet d’adapter mes interventions auprès de votre enfant. Cela me permet de créer une relation de confiance avec vous et, ainsi, votre enfant se sentira en sécurité. Ainsi, nous lui fournirons un environnement qui lui permettra de se développer harmonieusement. La tâche principale d’une éducatrice à la petite enfance est de favoriser le développement harmonieux de votre enfant. Ainsi, je m’assure de mettre en place des stratégies qui touchent les domaines de développement de l’enfant qui sont : le développement physique et moteur, le développement cognitif, le développement langagier et le développement social et affectif.

Depuis quelque temps, il m’arrive de vous accueillir avec un sourire fatigué, car malgré tout, la pandémie nous affecte beaucoup. Nos tâches connexes s’alourdissent, et le manque de reconnaissance aussi. Nous sommes au rendez-vous, malgré les incertitudes et les lots de difficultés apportées. Il y a des matins où je me réveille et où j’ai juste envie de tirer la couverture et de me recoucher. Ces matins-là, je regarde les clichés que je vous ai envoyés de votre enfant, son sourire, je me rappelle ses manies, les moments qu’il a besoin d’être rassuré et je me lève pour être au rendez-vous. Je pense également à mes collègues qui devront faire des heures supplémentaires, je pense aux gestionnaires qui useront de stratégies afin d’espérer pouvoir me remplacer, mais la réalité, c’est qu’ils ne réussiront pas, car il y a un manque criant d’éducatrices. Malheureusement, le manque de reconnaissance, les conditions pitoyables qu’offre ma profession font fuir les éducatrices. Celles qui restent dans le réseau sont à bout de souffle, sans ressources.

Revaloriser la profession

Malheureusement, ce n’est pas une question d’ouvrir de nouveaux milieux de gardes afin d’octroyer de nouvelles places qui réglera la crise comme le gouvernement le prétend, il faut s’attaquer au vrai problème, celui de revaloriser cette magnifique profession. Les éducatrices à l’enfance sont les premières professionnelles que rencontrent nos générations futures. Elles jouent un rôle important dans notre société. En travaillant de pair avec tous les acteurs qui gravitent autour des enfants, elles permettent aux parents de se définir dans leur profession. En mars 2020, la société a arrêté de tourner, les parents étaient pris avec leurs enfants et ne réussissaient pas à trouver un équilibre entre leurs responsabilités d’employés et leurs rôles de parents. Les éducatrices se sont montrées au rendez-vous et vous ont accueillis avec un grand sourire malgré les incertitudes. Ne serait-ce pas trop demander d’offrir des conditions de travail acceptables pour les personnes qui s’occupent de vos chérubins ?

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